L' acte psychanalytique



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COMPLÉMENT


Séance suivante: Contestation.

Les personnes qui m’aiment à des titres divers m’ont averti que la contestation guettait.

Elles ne se rendent pas assez compte que la contestation, c’est moi aussi qui la guette. Et ce, pour un objet qui m’intéresse éminemment pour ce qu’elle confirme ou infirme de ce niveau où je situe la struc­ture d’un discours.

Je viens de dire je.

C’est évidemment parce que le discours dont il s’agit, je le regarde d’ailleurs. Je le regarde d’un endroit où me situe un autre discours, dont je suis l’effet. De sorte qu’en l’occasion, c’est la même chose de dire me situe, ou se situe ce discours.

Au niveau de ce discours, ce n’est pas de pouvoir pousser ma chanson­nette, faire un bon cours, comme on dit, qui est tout. Ce n’est pas rien bien sûr, et on ne peut me dire que, jusqu’à présent, ce n’est pas qu’on puisse prendre des notes qui a manqué à personne.


25. A la vérité, je n’ai pas à me plaindre d’avoir jamais été dérangé.

Mais je ne crois pas que contester, c’est déranger un cours. Il serait malheureux qu’il faille que je l’apprenne à la contestation elle-même.

A la vérité, aussi essentiel au fait que je parle ou non tranquille est ce dans quoi baignent ceux qui m’écoutent. En effet, cela dont je parle signale l’entrée en action de ce discours qui n’est pas le mien, mais celui dont je suis, pour m’en tenir à ce terme provisoire, l’effet.

J’ai été la semaine dernière à Vincennes, où l’on a pu croire que ce qui se passait n’était pas de mon goût. Il était en effet convenu que ma venue, seulement au titre de personnage en vue, serait l’occasion d’un effet d’obstruction. Croit-on que cela puisse de quelque façon m’épater ? Ai-je besoin de dire que j’étais averti de ce que j’y ai rencontré ? Et que veut-on que cet incident puisse constituer comme grande nouveauté du contexte pour moi alors que cette obstruction ne date pas d’hier ?

Pour prendre les choses au début, quand j’ai commencé mon discours à Sainte-Anne, ce que j’appelle ce dans quoi baignent mes auditeurs fut alors constitué par une petite enquête dont je ne connais pas le rythme, mais qui devait bien être mensuelle, puis trimestrielle. C’était une interroga­tion anxieuse qu’on leur faisait dans le milieu même dont j’étais l’hôte, sur le sujet de savoir si mon enseignement répondait bien aux garanties de ce qui fait un enseignement médical. Il se serait pu angoisse et tremblement que mon enseignement n’ait pas les caractéristiques d’un enseignement médical.

Sur le sujet qui était le mien pour débuter, à savoir, mon Dieu, la critique de Freud, quelles pouvaient bien être les caractéristiques d’un enseignement médical ? Devait-il seulement consister en quelque acte de référence, je n’ai pas dit de révérence, à des termes considérés comme sacrés parce que eux-mêmes situés bien au centre, au cœur, de l’enseigne­ment médical ? Aurais-je dû indiquer, pour que cet enseignement fût médical, qu’à la névrose, on lui trouvera peut-être bien un jour des causes endocriniennes ? Ou tout simplement rappeler qu’il y a un de ces petits éléments dont nous ne pouvons tout de même pas ne pas tenir compte, et qu’on appelle l’élément constitutionnel ? Cela, c'eût été médical.

Bref, comme je ne m’attardais pas à ces salutations, l’enquête cessa, et l’on fut convaincu que je les avais mis dans la triste nécessité de subir, au

26. cœur d’un lieu qui est essentiellement médical, un enseignement qui ne l’était pas.

C’est alors qu’on me fit tenir, par des gens dont on n’était malheureu­sement que trop sûr que le message me parviendrait forcément, puis­qu’ils étaient en analyse avec moi, ce qu’on pensait de mon public.

J’évoque cela parce que, dans le public que vous formez aujourd’hui, je discerne un peu mieux que la dernière fois les veines, les composantes, je repère mieux les figures — il y en a beaucoup de familières, mais je m’en réjouis, comme je me réjouis aussi du relatif allégement que je peux constater — la dernière fois, cela faisait ici comme un métro un peu pressé.

Un bon nombre d’entre vous étaient déjà dans ce très ancien auditoire, avant de me suivre dans cet endroit d’où il m’est arrivé de devoir émi­grer, et je peux dire que mon auditoire de Sainte-Anne était vraiment alors constitué par ceux qui sont actuellement les piliers de l’École freu­dienne, je ne veux pas dire par là que ce ne sont pas des gens de tout repos. Eh bien, mon Dieu, on sentait, paraît-il, rien qu’à voir leurs sil­houettes se promener avant d’entrer m’écouter à midi et demi, comme toujours, qu’il y avait là je ne sais quel cachet de toxicomanie et d’homo­sexualité. Cela se sentait. C’était, bien évidemment, ce que reflétait le style, la forme générale, la démarche, de ces déambulateurs.

C’est pour vous dire que cela ne date pas d’hier, que mon public dégage — de quoi ? c’est bien justement là que j’interroge — de par sa composition je ne sais quel effet d’incommodité. Nous en avons fait l’expérience dans un endroit qui nous a ménagé un séjour dont, assuré­ment, je rends grâce à ceux qui en ont évoqué le fait qu’il ait duré aussi longtemps. Vous ne vous imaginez pas tout de même que ce soit de lieux accidentels, que soit parti le repérage, comme incommode, de mon auditoire.

Ce sont les élèves de l’École normale, les éléments normaliens, ces petits princes de l’Université, qui en savent un bout sur le fait qu’il n’y a nul besoin de savoir quelque chose pour l’enseigner, qui ont trouvé qu’il se passait des choses très curieuses à mon séminaire. Il se trouve que là­ bas, quand vous fumiez — à la vérité, je me suis fait à cause de cela l’écho, de loin en loin, au fait que vous auriez pu vous en abstenir —, il se passait quelque chose que je n’ai jamais vu se produire nulle part, c’est
27. que la fumée traversait le plafond de la salle, de sorte que les élégants nor­maliens, qui étaient, paraît-il, dans les lieux bibliothécaires au-dessus, ne pouvaient plus respirer.

Ce sont des choses extraordinaires qui ne peuvent manifestement se produire qu’à cause de ce public que vous êtes. C’est ce dont je vous montre l’importance.


[Arrivée d’un appariteur.]
Moi qui doutais de cette contestation de Vincennes, vous la voyez vraiment, en or. Ce cher homme est bien touchant.

Tout ceci se passe dans une zone qui ne perd pas pour autant sa signifi­cation.


[L’appariteur éteint les lumières et fait disparaître le tableau.]
Quelque amusantes que soient ces plaisanteries qui relèvent de l’orga­nisation du haut lieu, je lève la séance.

29. AXES DE LA SUBVERSION ANALYTIQUE




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