Les Nonières, histoire d’Hommes, du xviiième siècle à aujourd’hui



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Les Nonières, histoire d’Hommes, du XVIIIème siècle à aujourd’hui

Village pluriséculaire dont l’origine du nom est imprécise : neuvième col sur la route de Napoléon, village de nones, …, la Noneyre comme on l’appelle parfois par ici possède comme tous les endroits au monde une histoire. Il fut un temps haut lieu de la route impériale n°109 et de la route départementale n°1, le village étant situé à la jonction de quatre axes de circulation majeure menant en direction du Le Puy, de Privas, Tournon sur Rhône, Valence et La Voulte. Vous lirez ici le récit d’un historique bref et non exhaustif de ce que notre charmante commune a pu être le théâtre.

Il convient tout d’abord de préciser que ce travail n’est le résultat que de quelques semaines de recherches aux archives municipales et qu’il pourra être enrichi à l’avenir par le concours d’autres sources. Le problème principal lorsqu’on s’intéresse à l’histoire d’un petit village, d’aujourd’hui 230 âmes, est la fragilité et la rareté des sources disponibles. Ces dernières nous permettent toutefois de se représenter ce que fut la vie au cours des derniers siècles, au sommet d’un col ardéchois, culminant à 671 mètres d’altitude. Ces sources nous offrent le moyen de remonter jusqu’à la fin du XVIIIème siècle. A ce moment là, le village est alors libéré des œillères de l’Ancien Régime, le servage a pris fin, et le fief n’est plus qu’une unité administrative en devenir.

Les faits que vous rencontrerez plus bas peuvent paraître insignifiants mais dans la plupart des cas, ils chamboulèrent la vie quotidienne des noniérois ! Notre présentation se fera en plusieurs points qui se sont dégagés au fil de nos recherches. A l’orée des derniers virages, un clocher perce l’horizon. Le clocher de l’église ! Notre église – et celles qui l’ont précédée – a joué un rôle important dans notre village, qui bien qu’un bref temps protestant, fut à large dominante catholique. A partir de la Révolution Française (et même avant), on réalise à quel point l’action administrative – au sens large l’action de l’Etat soit directe soit par l’intermédiaire de la municipalité ou du préfet, fonction créée par le premier Consul Bonaparte par la loi du 28 pluviôse an VIII (17 février 1800) – est la cheville ouvrière du développement de la commune, un véritable chef d’orchestre. De plus, en lien avec cette seconde partie mais qui mérite néanmoins d’être dissociée, une troisième peut être ouverte sur l’instruction qui revêt une dimension de plus en plus importante à partir de la Troisième République (1870-1940). S’en suivra un point un peu plus spécifique s’agissant du Chemin de Fer Départemental dont le tunnel et la gare, en amont du village, en sont le vestige. Pour finir, à l’occasion du centenaire de la Première guerre mondiale, un dernier point sera dévolu à relater son empreinte dans nos contrées.



Les noms propres sont ci-dessous retranscrits tels que notés dans les documents consultés.

Les Nonières, village catholique

Les documents les plus anciens dont nous disposons sont des registres de naissance tenus alors par le curé du village en plein cœur de la période révolutionnaire, en l’occurrence en 1791, 1792 et 1793. La commune située sur le diocèse de Viviers a connu maints édifices religieux. Aujourd’hui, en parcourant le village, on peut découvrir de multiples croix plus ou moins anciennes, dont la grande sœur, trône en majesté sur la place du village, face à l’église. La plupart des églises construites (l’actuelle datant de 1846) le furent peu ou prou sur l’espace actuel, au centre du village. A noter, la présence d’une petite chapelle dédiée à la Saint Vierge en direction de Vernoux-en-Vivarais. Le rôle de l’Eglise catholique a été fondamental dans la vie nonièroise, ou tout du moins, l’a rythmé pendant de nombreuses années.

On ne sait que peu de choses sur l’empreinte catholique avant le XVIIIème même s’il semblerait qu’au XVIIème une forte concentration de population de conversion protestante s’y trouvait. En conséquence de la révocation de l’Edit de Nantes en 1685 par Louis XIV, la grande majorité de cette population fut contrainte de fuir. Ainsi, en 1860, on compte uniquement seize personnes de religion protestante sur la commune, réparties en quatre familles, alors que la population totale est alors proche des sept cent cinquante personnes. On s’oppose donc à l’époque à la participation de la commune, par exemple, au financement d’une église protestante au Cheylars, la plus proche se trouvant à Saint Pierreville à l’époque.

L’église actuelle, dite église Saint Jacques, connait une histoire mouvementée qui s’étend sur plus de soixante-dix ans. En effet, dès 1815 on commence à projeter la reconstruction de l’ancienne Eglise mais le premier projet concret ne sera réalisé qu’en 1844. Mêlant infortunes budgétaires, changements de régimes politiques et affluences fortes, la construction connait des remous inattendus. Par exemple, le bâtiment de 1844 connaissait une traverse et deux vitraux de moins que celui d’aujourd’hui. La façade était également renfoncée de trois mètres environ. On a en réalité en 1866 agrandit le bâtiment initial à la suite de la chute de la tribune au cours de l’office. On ne relate pas si des morts furent à déplorer, mais en tout cas, le Conseil municipal s’empressa de finaliser le projet initial face à l’urgence visible de la situation L’édifice de 1844 fut réalisé avec plus de facilités grâce à deux subventions émanant du Ministère de la justice et des cultes dirigé alors par Nicolas Martin du Nord, et avec l’intervention du député de l’Ardèche d’alors, Jean Gabriel Théophile de Boissy d’Anglas. Plusieurs lettres témoignent du chemin sinueux pour avoir quelques 2000 Francs. Bon nombre de personnes participent au financement de la nouvelle église. Ainsi, le curé de la commune Jacques Dugua donne 56 francs, le curé de Saint Félicien donne 100 francs, le Baron de Montureux 800 francs et un certain Monsieur Marqueier contribue à la Fabrique à hauteur de 200 Francs. Ils ne sont que quelques uns parmi d’autres, très nombreux, mais sont les plus importants donateurs. Au total, la somme des contributions de la commune en 1844, des particuliers et autres, s’élèvent à 8400 francs d’après les comptes de monsieur Armand, receveur municipal.

Dès le 16 décembre 1810 est établie la « Fabrique pour la reconstruction de l’Eglise des Nonières » citée ci-dessus. Guillaume Lacour est élu Présidant, Jacques Ladreit, Jacques Eygas et Jean Mathevon en seront les marguilliers, et Jacques Eygas sera également le trésorier. A partir du 19 septembre 1810, on peut constater que le Conseil réfléchit vis-à-vis de l’arrêté portant sur les subventions destinées à l’entretien et à la réparation des Eglises et presbytère, cela étant une urgence pour la commune du fait du manque d’un jardin adjoint au presbytère. Le Conseil n’omet toutefois pas de préciser que le manque criant de financements se fait sentir pour une telle acquisition et pour d’autres travaux d’une extrême nécessité : le planchage des trois chapelles, « le couvent est en si mauvais état que la voute de l’Eglise est en danger de croute », le blanchiment de l’église, la nécessité de crépir l’église, la sacristie et le clocher en dehors pour garantir des dégâts causés par les vents.

Au fil du temps, l’église a suivi une dynamique visant à son agrandissement. En février 1845, un nouvel architecte, Epailly de Valence, revoit le devis précédent à la hausse. On décide donc de réduire l’avancée de l’église jusqu’à avoir les fonds nécessaires. On peut lire dans ce même devis l’établissement d’un cimetière (il se trouverait aujourd’hui sur le terrain sous l’église en direction du Cheylard), la reconstruction du clocher et de la sacristie. Gilles Collomb, expert géomètre, intervient sur le terrain pour prendre les mesures. Les travaux commencent doucement et du fait de quelques contrefaçons, le Curé Bauméa, Monsieur Perfagnion, piqueur des Ponts et Chaussées et Jean Louis Duroux, maire, sont chargés de la surveillance des travaux. Le dernier fait don d’un terrain pour la reconstruction de l’Eglise en précisant toutefois que sus à la construction d’un mur marquant la démarcation entre cette parcelle et le reste de son terrain, il aura le droit de poser des « choses » sur ce dernier. A bon entendeur… Les travaux de l’église sont réalisés par Pierre Antoine Moulin dit Faure qui est un entrepreneur en bâtiment à Chalencon. Ils sont terminés dans les années suivantes.

Pour illustrer l’affluence importante qu’a connu notre petite église, il en résulte que le 1er novembre 1854, le curé va aller jusqu’à proposer l’établissement d’un vicariat sur la commune – sans donner suite toutefois – pour la commodité des catholiques et la possibilité de donner deux messes et non plus une seule par jour. Ce qui vise, in fine, à la mise en place d’un diocèse ! Pour ce faire, le curé obtient l’accord de Joseph Hippolyte Guibert, évêque de Viviers, par la suite Archevêque de Tours et de Paris, qui participera au conclave portant à l’élection canonique le futur Léon XIII en 1878.

D’autres informations pêle-mêle peuvent également être citées. Ainsi, par exemple, on a déterminé que le baptistère situé aujourd’hui dans l’église date de la fin du XVème ou du début du XVIème siècle. Par ailleurs, on sait que la commune fut un lieu, dès le XVIème , siècle où maintes congrégations, confréries ou ordres, furent formés et établis, et qui ont pour certains perdurés plusieurs siècles. Nous pouvons en citer plusieurs :



  • Confrérie des saints anges gardiens

  • Confrérie du très saint sacrement établie canoniquement le 11 avril 1639 par le père Andol, perdurant jusqu’en 1822

  • Confrérie du Saint scapulaire établie canoniquement le 29 mai 1716

  • Confrérie du scapulaire de Notre Dame du Mont-Carmel établie canoniquement en 1720 et qui tiendra jusqu’en 1818 

  • Confrérie de Notre Dame du Saint Rosaire en 1745 par le père Desportes jusqu’en 1826

  • Confrérie du Sacré Cœur entre 1772 et 1806

  • Confrérie du Sacré Cœur Jésus établie canoniquement le 25 novembre 1826

  • Tiers ordre de la pénitence de Saint François Régis

  • Congrégation des sœurs du Tiers ordre des Nonières

  • Confrérie du très Saint Sacrement de l’autel entre 1827 et 1937

  • Congrégation de la très Saint Vierge dont les règles sont drastiques pour les jeunes filles qui y passent au cours du XIXème et de la première moitié du XXème siècle, car « seront suspendues un an celles qui iront danser à une vogue », on peut être puni pour lire de mauvais livres… Ses membres portent un voile et une médaille de la Sainte Vierge.

Au cours du temps, l’église est restée, de par son emplacement et de par son nombre de fidèles, centrale pour la commune. Si le nombre de pratiquants a drastiquement chuté, nombreuses sont les personnes se plaisant à parcourir l’édifice, à l’atmosphère apaisante, restauré au début du XXIème siècle. Vous pourrez peut-être, avec un peu de chance, entendre ses cloches raisonner. A ce propos, les deux cloches datent des années 1830. L’ancienne avait été démontée du fait de la fragilité du clocher pour être refondue en une nouvelle, agrémentée d’une petite sœur. L’église compte de nombreux trésors et vestiges du passé : ses trois autels, une vingtaine de statues, un chemin de croix, de multiples ornements, vases sacrés ou reliquaires ainsi que de très belles chapes ornées.

Parmi les multiples délibérations du Conseil municipal, ce dernier consacre pour la première fois à la rémunération publique du clocheron municipal en 1893. En effet, la commune joue un rôle essentiel dans le maintien et le bon fonctionnement de l’endroit car à l’époque, avant les lois de séparation de l’Eglise et de l’Etat donc, c’est bien les fonds publics qui étaient alloués aux différents évêchés et diocèses. Le clocheron municipal est alors rémunéré pour sonner l’Angélus du matin, le midi et l’Angélus du soir, et se voit alloué une indemnité de 100 Francs par an pour cela. Pour finir faisons remarquer le rappel, en 1918, de notre curé, Chambret, du front. En effet, le curé de Saint Pirx assurant les offices, se sentait mourir.



L’administration, cheville ouvrière depuis le XIXème siècle

Tout au long des années nous reliant à la Révolution Française, la commune a agit dans le but d’aller dans le sens de l’intérêt général. L’administration et sa conception ont par ailleurs beaucoup évolués au cours du temps et c’est la Révolution ainsi que Napoléon qui lui donne plus de corps et de profondeur. Lors du Conseil du 24 janvier 1817, le maire, Collanges-Valette, fait ainsi la réclamation de frais de « buro », pour la première fois. Néanmoins, devant la situation financière précaire de la commune, il y renonce et les paye lui-même. Dès 1824 (jusqu’en 1848 et la Seconde République, avec l’établissement du suffrage universel masculin), on constate de manière stipulée dans le procès verbal de chaque réunion, que les dix plus forts contribuables de la commune, autrement dits les dix personnes payant le plus d’impôts assistent à la dite réunion et sont listées au même titre que les conseillers municipaux. Leur rôle est primordial du fait que l’argent de la commune vient essentiellement, via des arrêtés d’imposition extraordinaire de leurs poches, mais avec leur accord. A noter que le maire et son adjoint sont nommés jusqu’en 1848 par arrêté préfectoral.



Maires de les Nonières

Date d’entrée en fonction

NOM Prénom

22/03/1999

FAYARD Raymond

17/06/1995

GONCALVES D'ARAUJOS Bernard

06/07/1986

CHANEAC Brigitte

12/03/1983

FAYARD Raymond

25/03/1977

CHARRIER Marcel

08/03/1959

CHEYRION Paul

05/05/1935

LACOUR Marius

12/05/1929

FUSTIER Paul

10/05/1925

CHEYRION Bernardin Félicien

30/11/1919

FAY Louis

03/05/1896

REY Régis

17/11/1895

FUSTIER Louis

15/09/1889

LACOUR Pierre

23/01/1881

FROMENTON Antonin

08/10/1876

FUSTIER Bernardin

15/02/1874

LACOUR Pierre

23/07/1865

FUSTIER Joachim

1843

DUROUX Jean Louis Isidore

26/10/1828

EYGAS Jacques

10/05/1826

FUSTIER Delphin

2/08/1821

FUSTIER Jean Antoine

5/05/1810

VALETTE Jean Pierre dit COLLANGE

Les autres étant désignés par les plus forts de la commune au suffrage censitaire. Entre 1850 et 1900, une seule personne refusera, en mai 1862, de signer et de voter le budget du prochain exercice. Il s’agit de Pabion Jean-François Régis qui visiblement avait quelques différends récents avec la municipalité. A ce propos, au fil du siècle, la maitrise graphique s’améliore pour les conseillers. En effet si le maire et parfois l’adjoint maitrisaient l’art de l’écriture, ce n’était pas le cas de tous les conseillers dont la signature était souvent si ce n’est hésitante , remplacée sous le pouvoir du secrétaire de séance par la mention « illettré mais accepte la délibération ».

Les temps où les arrêtés étaient précédés par la formule « Napoléon par la grâce de dieu et les constitutions européennes de France, roi d’Italie, et protecteur de la confédération du Rhin, à tous présents, et avenir salut » sont révolus. On peut alors voir que la monarchie constitutionnelle provoque le retour des ordonnances royales. Pour illustrer l’empreinte de la situation politique nationale, on voit que le 24 septembre 1843, les membres du Conseil, précédés par le maire, jurent fidélité au roi des français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. A cette date, la commune compte alors soixante-dix-sept électeurs pour une population plus de dix fois supérieure. En 1846, sur les douze conseillers, neuf sont cultivateurs, un est négociant et deux sont aubergistes. On assiste le 3 septembre 1848, avec le début de la Seconde République à la première élection du maire, qui demeure Jean Louis Duroux et on dresse dans le même temps pour la première fois une liste d’enfants pauvres ne pouvant payer l’école primaire à qui l’on viendra en aide. En mai 1852 encore, les membres du Conseil doivent prêter serment en prononçant les paroles : « je jure obéissance à la constitution et fidélité au président ». Sous le Second Empire, dès 1855 lors de l’installation du Conseil, chaque membre devait prononcer les paroles : « je jure obéissance à la Constitution et fidélité à l’Empereur ». La commune décide de le soutenir ouvertement, ou peut-être n’a-telle pas vraiment le choix – la sous-préfecture avait droit de regard sur les délibérations – , mais en témoignage de quoi une lettre est envoyée à l’Empereur. A la suite des élections d’août 1865, le Conseil assiste ensemble à la messe solennelle célébrée pour l’anniversaire de la fête de Napoléon III. A la sortie de celle-ci, retentissent d’après les récits les cris de « Vive l’Empereur » et « Vive la France ». En mars 1856, le Conseil prononce de concert et stipule dans les délibérations « vive le prince impérial », récemment né et répondant au nom de Napoléon Eugène Louis Jean Joseph Bonaparte ou Louis-Napoléon. Bien des années plus tard quand deux guerres, une République et le régime de Vichy seront passés par là, on se ralliera à De Gaulle le 18 juin 1944, quatre ans après son fameux appel. Le Comité Local de Libération est alors chargé d’entretenir les relations avec le Gouvernement Provisoire de la République Française. Une fois la guerre close, le Conseil décide de mener ce qu’il nomme comme « une phase d’épuration rapide » et de punir les responsables. On remarque que de nombreuses familles contribuèrent à protéger des personnes juives notamment de la traque nazie.



D’autres remarques maintes et variées peuvent être faites. Par exemple, le Conseil s’oppose systématiquement au XIXème à l’établissement de foires à Cluac qui concurrenceraient les trois des Nonières (avril, septembre, novembre). On refuse donc la plupart des foires qui auraient lieu au même moment que celles des Nonières et qui ne seraient pas trop loin (grosso-modo à moins de 15 kilomètres).

En mai 1852, on adresse une requête conjointe au préfet pour un service postale quotidien, restée sans réponse, avec les communes de Saint Christol, Saint Genest La Champ et Saint Julien Labrousse. Sur un tout autre tableau, la commune si elle peine à faire des investissements de grande ampleur n’a pas la chose facilitée par les nombreux caprices météorologiques comme les inondations de mai 1857. Quelques années plus tard, en 1862, se développera la volonté d’établir sur la commune un droit de pesage, de mesurage et de jaugeage en place publique, chose faite rapidement et renouvelée régulièrement dès lors. La responsabilité de son entretien et de son fonctionnement est attribuée par voie d’enchères, à la manière de l’achat d’un office, pour plusieurs années. Cette même année sera établi le premier commissariat de police cantonale au Cheylard. On remarque par ailleurs que le marché se déroule généralement le jeudi. Le vendredi étant jour de marché à Lapras, réputé pour ses pommes de terre.

En 1864 se produit un changement important. En effet, le maire, Duroux, est battu aux élections par Fustier alors qu’il occupait ce poste depuis de nombreuses années. Un procès-verbal est alors dressé où on peut découvrir ce que l’ancien transmet au nouveau :


  • Comptes administratifs

  • Registres de délibérations depuis 1810

  • Dictionnaires des Formules (1838 et 1856)

  • Manuel du code napoléon

  • Le secrétaire de mairie par Dubarry

  • Manuel de recrutement par Courot

  • Bulletins des lois des ministres de l’Intérieur, tables décinales

  • Moniteur des communes

  • Atlas cadastral dressé en 1839 par Paulin et Bélié

  • Etats des sections

  • Registres de l’Etat civil depuis 1692 pour les naissances et 1793 pour mariages

  • Drapeau tricolore en soie à franges d’or avec hampe

  • Sceau municipal et tampons

  • Cahier des publicatiosn de mariage

  • Buste de l’Empereur en plâtre

  • Deux écharpes

  • Manuel des maires en deux volumes registre des délibérations du bureau de bienfaisance

A partir de 1869, la commune prend acte de nombreuses maladies et épidémies présentes. Une étude sanitaire est faite et on conclue que la responsabilité de ces dernières incombe principalement à la piètre qualité de l’eau des puits (le premier règlement municipal sanitaire date de 1905 et réglemente les intérieurs des habitations, les exploitations agricoles,…). On décide alors de l’établissement d’une fontaine publique par adduction via une source située au lieu dit La Coste. Qui plus est, on a enfin un peu d’argent disponible pour réaliser les travaux et racheter la source. Le sieur Fay réalise l’adjudication du réseau à la fontaine en 1874. Concernant les travaux ayant un lien avec l’eau, on décide de la réalisation d’un pont sur le réseau d’Arnas. Les travaux commencent en 1870 et se terminent en 1870. Dans cette logique de travaux de la fin du XIXème siècle, on commence à réfléchir au déplacement du cimetière mais la sous-préfecture refuse tout agrandissement car la population est confrontée à l’exode rural. Pour des raisons pratiques néanmoins, on veut le déplacer plus loin du centre du village. A cet effet, on rachète un terrain en 1900 à Cyprien Planchon. Le cimetière est déplacé et occupera à partir de ce moment sa place actuelle. La grande allée arborée qui y mène sera réalisé en 1909. Un autre règlement sanitaire est rédigé en 1930. On peut alors y lire que les habitations au sol en terre battue sont interdites, puits doivent être fermés et être situés loin des fosses à fumier, le sol des écuries doit être étanche, on ne doit pas jeter les animaux morts dans les rues.

En fouillant un peu plus les archives, on découvre qu’en 1867, ce ne sont pas moins de quinze foires qui se tenaient à Saint Martin de Valamas, et à partir de cette date, chacune durait deux jours. En mai 1868, le Conseil peste à nouveau devant le manque de logique de l’autorité préfectorale qui n’autorise pas la tenue d’un bureau de distribution des lettres quand bien même le courrier y passe tous les jours et qu’il y a vingt-six kilomètres entre « La Mastre » et le Cheylard. De plus, les dépêches doivent alors par la force des choses être stockées au Cheylard. Un bureau de poste permettrait d’avoir le courrier douze heures plus tôt. En 1892, la commune obtient finalement le droit d’avoir un bureau de postes et de télégraphes pour une durée de 18 ans. Cette agence postale ne sera agrémentée du téléphone qu’en 1939. En 1940, Pabion Ferdinand est chargé de gérer la cabine téléphonique, puis se sera au tour de Clothilde Gilles en 1941, et enfin Fustier Célie en 1942 pour plusieurs années. Quelques années auparavant, en 1928, l’électricité arrive enfin. Ce n’est qu’au début des années 1930 qu’on commence à réaliser l’adjudication en eau du bourg au complet (et pas uniquement la fontaine). Pour ce faire, on rachète notamment la source Duclap à la suite de quoi une nouvel est également construite. La commune adhère aussi au Syndicat Intercommunal d’Electrification du Moyen Eyrieux au début des années 1930.

En 1945, pour la première fois, la commune achète, peut-être pour laisser derrière elle une phase sombre de notre histoire, un arbre de Noël. La commune décide par la suite d’engager trois employés municipaux: un porteur de télégramme, un gérant de la cabine téléphonique, et un secrétaire chargé du ravitaillement. En 1962, pour ravir les enfants, on décide qu’un terrain de jeu sera installé dans le jardin du curé. On y trouve alors en 1966 un terrain de basket, un mat à grimper, des poteaux pour le saut en hauteur ainsi que des poteaux mobiles avec socles en fonte. La modernité par ailleurs met longtemps à venir... En effet, l’eau potable n’arrive à Pailhès qu’en 1970 et en 1971, le maire du Cheylard Donadieu échange vivement avec le maire de la commune pour lui signaler des problèmes sur la ligne téléphonique.

Les écoles

On constate lors du Conseil du 14 février 1836 que la commune ne dispose pas d’instituteurs pour les garçons et que cela est fort dommageable. Il existe bien des institutrices pour les filles, au couvent, mais le maire considère qu’elles « ne savent pas enseigner les choses importantes aux garçons ». C’est à cette date qu’est établie la première requête au gouvernement pour une maison d’école. Plus d’un an après, bien qu’aucune maison d’école n’ait été trouvée, un instituteur arrive. Il se nomme Régis Michel et est natif de Borée. Lui succédera en février 1842, Victor Boysse natif de Vernoux. L’école, en dépit d’un manque de place, est dite chez le Sieur Jacques Vey pour les garçons. On remarque par ailleurs qu’au début des années 1850, avant les lois Ferry donc, que l’école coûte 1 franc par mois pour les commençants, 1F50 pour ceux qui écrivent.

En 1869, une école de filles est aménagée dans le couvent à l’initiative des sœurs de Saint Joseph qui sont alors submergées par l’arrivée de trente-cinq jeunes filles. En août, le préfet nomme alors la première institutrice, mademoiselle Marie Berthiol.Il faut bien savoir que jusqu’à la fin du XIXème siècle, la profession d’instituteur était plutôt réservée à ceux qui ne pouvaient pas travailler de leurs mains. Au cours de ce siècle, elle s’est progressivement professionnalisée et perfectionnée.

En 1876, la commune se voit alloué une aide au financement pour la construction d’une maison d’école pour les garçons. On projette de racheter la maison du « vieux » Fayolle pour la modique somme de 2500F. L’année suivante, on achète plusieurs tables pour cette école en place qui est néanmoins de plus en plus étroite face à l’affluence à laquelle elle doit faire face. Cette année là commencent les travaux pour la maison d’école à hauteur de 11 364F. On recherche alors un jardin pour l’instituteur. Il est décidé d’abandonner l’idée de réhabiliter la maison de Fayolle et on décide de faire du neuf. L’architecte du département, Monsieur Besset, est chargé d’établir un devis. En raison de la loi du 28 mars 1882, une commission scolaire est créée au Conseil dont le but est d’encourager et surveiller la fréquentation des écoles, des filles, comme des garçons. L’école est prévue pour accueillir 70 élèves pour un coût total de construction de 23 000 F.

Les travaux de l’école commencent véritablement en 1883, année qui voit se succéder Rochette et Bougnard, deux instituteurs. On rachète finalement un autre terrain appartenant à un certain Béal ainsi qu’un morceau du terrain appartenant aux religieuses du couvent pour 225F. L’affaire est réglée avec Sœur Clothilde et Sœur Marie.

On demande en 1884 à la préfecture un instituteur adjoint car il y a soixante élèves en classe par jour. L’école compte alors deux classes et il y a sept chambres de disponibles pour les maitres. La sous préfecture fait la remarque qu’il serait souhaitable pour la commune de se doter d’une école de hameau au quartier des Mouniers en 1885 mais le Conseil refuse car l’école du chef lieu n’est pas encore finie et qu’une telle maison d’école ne toucherait qu’un nombre restreint d’élèves.

En 1900, le Conseil propose avec enthousiasme l’établissement d’une école pour fille sur la commune. Le premier projet est de la construire au dessus de l’école des garçons, mais ce projet est ajourné car la commune manque de financement, de pierres et de main d’œuvre en raison des travaux du CFD et de fortes inondations. L’école publique des filles sera donc pendant un temps placée dans la maison Daumet. Le préfet donne finalement son accord pour une telle école le 14 juin 1909. Cette même année, on décide d’acheter un terrain pour l’école des filles. En 1910 enfin, l’école des filles s’achève. Les deux écoles disposent alors de deux classes chacune avec deux instituteurs. Tous les meubles furent conçus et réalisés par des menuisiers locaux. Le manque d’eau du fait d’une non-adjudication du bourg en eau courante se fait d’ailleurs sentir aussi à l’école, l’eau des puits étant rance et porteuse de maladie.

D’autres détails peuvent paraître intéressants. Par exemple, en 1922, les écoles se voient allouées des subventions académiques pour les écoles publiques afin de se procurer du matériel géographique et historique. De plus Le 1er octobre 1938, Pierre Chambon devient secrétaire de mairie. Avec Julia, sa femme, ils sont également instituteurs à l’école et le demeurent pendant de nombreuses années. A la fin des années 1950, il est décidé de rassembler les deux écoles dans celles des garçons. Ainsi les classes deviennent mixtes.

Pour résumer donc, il y eu en soit deux écoles publiques, l’une en direction du Cheylard et actuelle, l’autre en direction de Lamastre. Le couvent vers Saint Agrève et le bâtiment en direction de Saint Julien Labrousse peuvent également être considéré comme des écoles au titre néanmoins, qu’on y dispensait un enseignement religieux. Il ne faut pas oublier qu’il fut un temps où l’instruction se déroulait essentiellement dans les champs, la faux ou la fourche à la main plutôt que la plume. Rares étaient donc les années, jusqu’ aux années 1950, où les écoliers, ne filaient pas en vacances – relatives – d’été pour la moisson !

Le CFD et la commune

En 1878 est votée la loi Freycinet, nom du Ministre des travaux publics qui vise à développer le réseau ferré en France. Le CFD est alors créé par décret ministériel en 1886. On décide en 1888 l’établissement de la ligne La Voulte-Le Cheylard de CFD et on commence les travaux dans la foulée. Néanmoins de vrais enjeux sont posés en 1891 car Lamastre et Saint Agrève se présentent très favorablement à un passage de la voie ferrée par Désaignes via la liaison Le Cheylard-Saint Agrève. Finalement, le CFD passera bien par notre col et ceci s’explique notamment du fait qu’il est le lieu de croisement de cinq routes, que le commerce y est riche et que plusieurs foires de grandes envergures s’y tiennent.

Dès 1888 par ailleurs une halte est établie sur la commune, à Pailhès. L’ouvrage principal, témoin de cette heure, et qui nécessita plusieurs années de durs travaux est évidemment notre tunnel de 371m où vous pouvez aujourd’hui allègrement vous balader sans craindre de rencontrer la locomotive Mallet 414 ! Il fut réalisé au début du XXème pour être terminé en 1904.Cette réalisation par ailleurs entraina de nombreux dégâts et ce notamment au presbytère. Il y eut d’ailleurs à ce propos un procès mené d’une main de fer au tribunal administratif pour remboursement des frais de réparation.

En 1913 un autre projet voit le jour – qui ne se réalisera néanmoins pas – et propose l’établissement d’une ligne CFD Valence-Saint Péray-Vernoux-Nonières – Cheylard- La Voulte avec liaison aux Nonières vers Tournon. Quel flux cela aurait alors pu être ! Après maintes années de loyaux services, la belle aventure du CDF se termine le 1er novembre 1968. Il convient toutefois de rappeler que les premières craintes de fermetures étaient nées vingt ans auparavant. Aujourd’hui Le Mastrou, fait revivre un peu cette époque disparue.



Les Nonieres dans la 1GM

Pour commencer, une petite précision. On délimite logiquement la guerre par les dates de déclaration de guerre et d’armistice mais en réalité, on s’intéressera ici plutôt sur le temps de la guerre c'est-à-dire jusqu’en 1921 où la guerre prend véritablement fin (retour des prisonniers, dernières démobilisations, fin du rationnement, etc). C’est pourquoi nous parlerons des faits dans toute cette période. Autre précision, les billets, décrets, décisions que nous allons citer par la suite sont à saisir dans toute leur richesse historique et historiographique : faits – propagande – application – conséquences. Cette partie se structure en deux temps: analyse globale et anecdotes ou remarques sur divers documents trouvés, et compte rendu sommaire de la construction du monument en hommage aux morts de la commune.



Documents en vrac :

On peut trouver de nombreuses circulaires préfectorales réglementant le ravitaillement de la commune comme pour la farine, le charbon, le sucre, le pain… mais aussi le prix de ces mêmes produits et d’autres comme la viande, le beurre, l’huile, le fromage, les pâtes,..  Le prix était alors fixé en fonction de la situation familiale de l’individu (veuve, famille nombreuse, enceinte, etc.). Ces circulaires sont toujours signées par délégation du préfet. Entre 1914 et 1921, on en comptabilise six: Charles Audry, Michel Maestracci, Georges Duvernoy, Georges Goublet, Jules Gondoin et Jules Fuster (chronologiquement).

De nombreuses décisions relatives à l’agriculture ont été données dans une France encore profondément rurale et cultivatrice. Ainsi, les réglementations sur l’utilisation des engrais, du souffre, des sulfates est non seulement réglementée mais aussi souvent interdite pour privilégier l’approvisionnement du front. Toutefois, comme ce fut le cas dans notre commune, des dérogations du préfet peuvent être émises. S’agissant de l’agriculture, on se rend alors bien compte à quel point elle était vitale pour la survie de la « nation en armes » de manière telle que, se rendant compte que la guerre est plus longue que prévue, on avertit le maire par l’intermédiaire du préfet de la décision ministérielle d’accorder plus de permissions aux agriculteurs mobilisés dans une lettre du 30 octobre 1915. .

Une cinquantaine de documents concernent le ravitaillement et la réquisition des productions à l’image de la lettre du 23 avril 1915, de J.Clozel alors président de la commission de réception N°8 du Cheylard, informant le maire que 50 brebis ont été importées pour la commune afin d’en retirer la laine sans omettre toutefois le fait qu’elles devront être rendues après la tonte, ont été émis. Ces requêtes sont monnaie courante et portent sur des domaines variés : foin, linge, viande, vin…

Les archives recèlent également des recensements précis opérés sur la commune pour ces mêmes réquisitions. Ainsi, sur la réquisition des laines de 1917, on dénombre sept prestataires pour une quantité totale de 71 100 livres de laine mais le maire ajoute toutefois que six personnes manquent à l’appel. Quelques autres exemples de recensements parmi beaucoup d’autres:


  • Au début de la guerre, cent cinquante six bêtes de race bovine pour soixante et un propriétaires.

  • Le 16 mars 1918, cinq agriculteurs produisent 1505 Kg de pommes de terre.

  • En 1918, quatorze propriétaires de six à trente moutons chacun pour toute la commune.

  • Le 1er avril 1918, trente six cultivateurs de céréales variées mais avec la mise en garde du maire qui précise que beaucoup d’autres ne déclarent rien et que les déclarations faites sont  « peu dignes de foi ».

Cette dernière remarque nous permet de toucher à un nouveau point historiographique de la Première Guerre mondiale: le mythe de l’Union Sacrée. En effet, depuis l’école primaire, on nous rabâche les oreilles que les soldats sont partis la « fleur au fusil », et que toute la population était derrière eux. C’est en grande partie faux. Partir à la guerre n’est pas vu d’un bon œil par tout le monde notamment parce que la mobilisation se fait en plein milieu des moissons en août. De plus, la guerre se menant, l’enthousiasme plus ou moins faible ne va pas en se revigorant. Les populations se lassent et ce dès les premiers revers et avis de décès ou de disparitions : la guerre n’est ni courte ni jouée d’avance. C’est avant tout l’Etat-major et le gouvernement qui veulent entretenir se sentiment d’effervescence nationale.

Dans nos archives, on peut également découvrir de nombreux courriers d’associations requérant des financements à l’image de ceux qui suivent:



  • Le 29 novembre 1915, pour la « journée du poilu » : vente d’insignes, de cartes postales tombola, médailles, bijoux, broches (les débitants de tabac se verront attribuer pour « leur dévouement »: pour cent cartes vendues, quatre offertes ; pour 20 médailles, une médaille ; pour cent bijoux d’or, un bijou d’or…

  • Lettre de l’ « Association des dames françaises  portant secours aux militaires en cas de guerre et aux civils dans les calamités publiques » fondée en 1879 du 14 août 1914, demandant au Conseil municipal de faire parvenir une somme pour aider nos « valeureux soldats ».

Durant le conflit, le Conseil municipal n’est néanmoins pas dépourvu de ses missions régaliennes. Le maire va ainsi être chargé de délivrer les permis de séjour, d’opérer les mariages (sur décret depuis 1914, on doit offrir gratuitement aux nouveaux époux l’ouvrage L’Hygiène et le bonheur), mais aussi de faire, si besoin, des déclarations de foi pour l’obtention d’allocations ou de permissions. Ce fut par exemple le cas pour L-M D, du 84ème RAL qui appartenant à une famille de six enfants vivants et un « mort pour la France », père lui-même de deux enfants vivants et légitimes se voit délivré un certificat en vue de l’application de la loi sur le recrutement de l’armée lui permettant de retourner dans son foyer. Le maire a également dû établir la liste des gardes civils de la commune en recensant quinze pour la commune (personnes entre 45 et 55 ans ou bien réformées de moins de 45 ans) qui conformément au décret du 25 août 1915 recevront une indemnité journalière de 2,5 francs, mais avec la possibilité d’être rétribué 5 francs par jour s’ils recevaient la charge d’une commission spéciale d’inspecteur auxiliaire de police.

Une multitude de courriers militaires actant de la mort ou de la disparition d’un soldat de la commune était également dans ce dossier. Le maire était alors prié de prévenir la famille avec les « meilleurs ménagements possibles ». C’est ce qui est appelé l’ « angoisse de la venue du maire » dans les familles. Ainsi, le 15 octobre 1915 , le médecin Major de 1ère classe Jullich médecin chef de l’ambulance alpine 2/5 écrit au maire pour le prévenir du décès du soldat V. du 64ème bataillon de chasseurs survenu  le 7 septembre 1915 : « le malheureux nous est arrivé dans un état très grave, il avait la jambe gauche sectionnée par un gros éclat d’obus et l’épaule gauche traversée, également, par un éclat d’obus. L’amputation a été soigneusement régularisée à l’ambulance mais malgré tous nos soins, la gravité extrême de ses blessures l’emporta. Je découvre également des dizaines de certificats de décès  spécifiant le service effectif, les campagnes, les blessures, les citations et décorations du soldat mort pour la France

S’agissant des écoles, nous disposons de quelques documents qui sont essentiellement des décrets ou mesures émanant du ministère de la Guerre et du ministère de l’Instruction publique. Par exemple, le 7 décembre 1914, l’instituteur envoie une lettre à l’inspecteur de l’académie dans laquelle il lui fait part du fait que «  les habitants sont animés de l’esprit de sacrifice et d’espoir », ce qui s’alignent parfaitement avec l’idée d’Union Sacrée développée par les autorités. Par ailleurs, le maire reçoit une lettre le 7 septembre 1914, quelques semaines après le début de la guerre émanant de l’ « Amicale des instituteurs et institutrices de l’Ardèche » (signée de la trésorière Mlle Dussert et du président de l’Amicale, M. C. Dupré) requérant une participation financière de la commune pour mener des actions auprès des soldats et ainsi les aider de près ou de loin. Ou encore, la lettre de l’inspecteur académique du 25 septembre 1915 établissant le nom des institutrices chargées d’assurer l’intérim scolaire à compter de la rentrée, le 1 octobre : Mlle Chambron pour les garçons et Mlle Vinson pour les filles.

Pour finir, un document, je dois le dire, assez exceptionnel d’août 1914. Il s’agit d’un télégramme très long relatant les premiers évènements de la guerre : l’enthousiasme dans les deux Chambres du Parlement à Paris, Deschanel qui glorifie Jaurès assassiné le 31 juillet par Raoul Villain, l’Allemagne qui déclare la guerre à la Belgique le 4 août, les députés et sénateurs criant «  la France et Vive la République » à tue-tête.



Le monument aux morts de l’Eglise :

Petit avant-propos : le 25 octobre 1919 est promulguée une loi prévoyant le versement d’une subvention de l’Etat pour l’érection d’un monument en hommage aux morts pour la France de la commune mais il n’y a en aucun cas d’obligation de construire de tels édifices. Ce sont les communes, les anciens-combattants et les familles et proches des soldats décédés qui sont les maitres d’œuvre de la construction des monuments. Ainsi, dans notre commune, ce projet nait en 1920 et mettra deux ans pour se réaliser sous l’initiative du maire de l’époque, Régis Rey. S’inscrivant pleinement dans la volonté politique nationale mais aussi dans l’état d’esprit de la population qui ne veut pas qu’on oublie ses fils, ses pères, ses amis partis.

Parlons tout d’abord du financement de ce projet. Après consultation des contrats, notes et bouts de papiers griffonnés par le maire en personne, je constate que le monument a été financé par trois moyens principaux :


  • La commune participa à hauteur de 400 francs.

  • L’Etat donna 91 francs (la fameuse subvention).

  • Et surtout diverses souscriptions au cours des messes ou par le biais de dons de la population (une cinquantaine de donateurs détaillés, parfois nommés individuellement, pour toute une famille ou bien une description sommaire (« une jeune fille », « la famille d’un soldat mort », « une famille à 4 poilus »)) qui s’élevèrent à 1039 francs

Il est notifié une autre entrée d’argent de 400 francs d’origine assez mystérieuse... (un nom est inscrit mais demeure illisible, une autre quête également). Ainsi, les recettes s’élèvent à 1930 francs. Problème, les dépenses atteignent elles dans le même temps 1990,90 francs… L’Eglise s’engage alors à payer la différence de 60,9 francs.

Mais quelles sont les composantes du coût total du monument ?

Tout d’abord, il y a les 1560 francs dus à la marbrerie « Joseph Preti » de Lamastre avec qui un contrat de gré à gré est rédigé le 7 septembre 1922 après établissement d’un devis le 7 décembre 1920. Par ailleurs, la statue et son port représentent un coût de 388,15 francs. En effet, cette statue de Jeanne d’Arc n’était disponible que dans une seule entreprise : « Cazes-Bonneton » au Puy avec qui le contrat est établi au cours du mois d’août 1921 avec le curé de l’Eglise paroissiale des Nonières, le Père Chaussinand. Ensuite, pour la somme de 15 francs, l’entreprise locale de maçonnerie Fay réalisa l’assemblage des différentes pièces. Il y a également les frais de timbres pour contrats ou enregistrements à hauteur de 27,75 francs. Pour finir, il faut prendre en compte tous les frais de transports des différentes composantes (marbrerie,…). Mais ce monument contient également deux obus de 220 et ce grâce à la décision ministérielle 43026/A émise le 14 mars 1921. Dans une lettre précisant l’effectivité de cette décision, le directeur de cabinet du sous-secrétaire d’Etat aux finances donne à la commune à titre de trophée de guerre les deux obus de 220 qui devront être acheminés aux frais de la commune depuis l’entrepôt de réserve de Chemilly (Yonne). Le Lieutenant Colonel Quantin supervisant les opérations de cet entrepôt de réserve renvoie alors une lettre quelques mois plus tard pour bien être certain que les frais de transports seront pris en charge par la commune.

On remarque également que l’emplacement du monument dans l’Eglise est reconnu emplacement public et non uniquement religieux par le préfet dans une lettre du 7 juillet 1920 permettant ainsi d’obtenir les subventions de l’Etat. Toutefois, l’Etat étant laïc, l’inscription « priez pour eux » n’est possible que parce que nous nous trouvons dans une enceinte religieuse.

En France, au cours de cette terrible guerre, sur les 8 millions de mobilisés que la France envoya combattre (pour une population de 40 millions d’habitants), 3 millions revinrent plus ou moins sévèrement blessés (du bras cassé, aux poumons dévastés par les gaz « Moutarde », en passant par la jambe amputée, sans parler des effets psychologiques d’un conflit d’une violence alors inégalée), et 1,4 million ne revirent jamais leur foyer. Aux Nonières, ils furent 36 à ne pas revenir. Souvenons-nous-en.

Notre village tant aimé s’est progressivement enraciné et développé. Il demeure aujourd’hui un pôle attractif. Ainsi, par exemple, son école, primaire et maternelle, bénéficie de l’affluence d’une quarantaine de joyeux élèves. Les commerces, nombreux autrefois mais dans une toute autre configuration économique, reprennent quant à eux peu à peu une empreinte sur le territoire. Terre de culture, travaillée par l’homme sans qu’il n’ait jamais altéré de trop la nature, les Nonières permettent de trouver ce genre d’havre de paix qu’on cherche parfois, pendant de nombreuses années. Son air y est bon, son paysage sublime, ses habitants généreux. Si les faits ci-dessus cités sont nombreux et hétéroclites, tous ont eu à leur échelle, une affluence sur la vie de la commune. Venez donc. Respirer dans cette « cure d’air ».



Topo démographique

Année

Population en nombre d’habitants




Année

Population en nombre d’habitants

1793

555




1901

762

1800

657




1906

699

1806

594




1911

616

1821

603




1921

526

1831

630




1926

491

1836

772




1931

475

1841

656




1946

472

1846

902




1954

386

1851

905




1962

328

1856

834




1968

274

1861

792




1975

229

1866

756




1982

184

1872

763




1990

174

1876

772




1999

181

1881

788




2004

180

1886

763




2006

196

1891

734




2009

210

1896

712




2012

218


TEYSSEIRE Lucas.



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