Recherche d’identité disciplinaire
L’éducation physique et sportive est encore à la recherche de son identité en tant que discipline d’enseignement. Elle n’est encore, bien qu’elle s’en défende dans les textes officiels, qu’une succession d’activités. La transversalité des acquisitions dans chacune des activités, thème présent ces dernières années dans la profession, n’aboutit pas vraiment. Non seulement il est difficile de répondre de façon sérieuse, mais il est dangereux d’y répondre prématurément ! Les activités sportives ou les activités d’expression ont un écho favorable chez la grande majorité des élèves et les apprentissages se finalisent assez facilement dans ces conditions. Une “ didactisation ” qui éloignerait le contenu d’apprentissage des images que les élèves véhiculent des pratiques qu’ils prennent en référence, les mettrait en difficulté. Et de plus, cette démarche très « enseignante », formalisme scolaire oblige, n’a jamais fait la preuve de son efficacité quant au développement de capacités transversales. L’histoire de la discipline EPS tend à montrer que le retour au sein du ministère de l’Éducation Nationale s’est toujours accompagné d’une redéfinition des contenus allant vers un “ formalisme ” qui les ont éloignés du « réalisme »” militaire, naturel ou sportif selon les époques.
Ce formalisme des conceptions disciplinaires dans l’histoire de I’EPS présente au moins deux facettes du transfert souhaité, pour ne pas dire possible. Le transfert a priori, contenu d’une éducation physique transférable en toutes circonstances : une psychomotricité ouverte sur tous les apprentissages. La deuxième facette serait celle d’un transfert a posteriori qui chercherait les conditions du réinvestissement des contenus de l’apprentissage obtenu dans des situations finalisées à forte connotation sociale.
Le débat central auquel nous devons préparer les étudiants est celui des rapports de I’EPS et des pratiques sociales qui peuvent lui servir de source et de référence. Cette relation toute didactique qui devrait faciliter la construction des situations d’enseignement et leur animation, trouve ses fondements dans une conception explicite de la culture physique, sportive en particulier.
Si I’EPS doit communiquer les fondements de la culture sportive, une étude approfondie de l’histoire de chacune des APS devrait nous permettre de comprendre pourquoi les hommes les ont inventés, les ont modifiés, les ont abandonnés. Les significations humaines anthropologiques des APS nous intéressent de ce point de vue comme nous intéresse l’évolution des structures d’action qui ont modelé la motricité et forgé des relations spécifiques entre les individus. Il s’agit là d’un travail de décontextualisation, de formalisation de la culture d’un secteur de pratique dans lequel l’enseignant peut puiser pour alimenter sa réflexion sur les contenus. Mais en même temps, l’élève, confronté aux situations scolaires, puise à son tour dans les références qu’il possède des pratiques sociales présentes à son esprit. Cette double référence ne va pas sans conflit. L’enseignant doit la gérer à tout moment de son intervention auprès de ses élèves.
Comment avons-nous envisagé la question dans la formation des étudiants se destinant à une maîtrise d’enseignement de I’EPS ?
Une grande partie de leur formation se fait autour de 3 grands corpus de connaissances avec un parti-pris théorique qui consiste à interpréter les événements à partir de la dialectique continuité-rupture.
- L’évolution historique des pratiques sportives : véritable épistémologie des savoir-faire techniques.
Cette étude met en rapport les finalités des pratiques dans leur contexte social et politique (et les valeurs qu’elles véhiculent), les règlements et les lois qui les organisent et les techniques spécifiques. Elle renseigne sur la lente et sinueuse élaboration des objets culturels toujours situés dans le type de société qui les produit et les tolère. Elle met en évidence des ruptures, véritables révolutions au sein de chacune des composantes de ces pratiques donc dans 1’ organisation psychomotrice des sujets.
- L’évolution historique de l’EPS comme discipline d’ enseignement.
Cette étude fait ressortir elle aussi, des ruptures quant à la finalité sociale de l’EPS, ses règlements, ses contenus et ses démarches. La trame qui permet l’analyse des pratiques scolaires est la même que celle qui donne sens à toute pratique sociale. Mais cette étude montre comment la discipline d’enseignement EPS a entretenu des rapports d’identité ou, au contraire, des rapports de démarquage avec les activités sociales, sportives ou autres. La problématique EPS-Sport est toujours sous-jacente à l’élucidation des avatars historiques de la discipline.
- L’évolution des rapports d’un élève à un type de savoir ou de savoir-faire.
L’étude des difficultés tenaces qu’éprouvent les élèves devant s’approprier telle connaissance met en évidence des obstacles d’apprentissage. Comment la construction des savoirs se fait par bonds qualitatifs successifs, véritables recompositions des représentations initiales ? Donc, ruptures aussi, là où l’élève rencontre les exigences des tâches proposées.
Dans l’articulation de ces trois types de ruptures, se fait la construction de l’identité disciplinaire. Et pour revenir sur le thème du transfert pouvons-nous dire : tant que nous ne connaîtrons pas la structure intime des obstacles que rencontre l’élève confronté à une tâche d’apprentissage, nous ne pourrons pas parler sérieusement de transfert de connaissances. Cette conviction explique les options qu’a toujours prises le groupe Spirales et qui ont orienté ses travaux jusque là.
Les éducateurs pressés de définir une éducation physique qui présenterait les caractéristiques classiques d’une discipline d’ enseignement peuvent produire des textes et un produire encore, il faudra de toutes façons, valider les propositions et donc créer les conditions de cette validation expérimentale. La discipline a besoin certes de décisions politiques, mais également d’assises scientifiques et de confrontations d’expériences. Nous sommes là au cœur des problèmes des contenus d’enseignement, de leur construction, et de la formation des enseignants autour de cette compétence disciplinaire. Il ne suffit pas d’évoquer les objets culturels, il faut en définir leur substance. Il ne suffit pas de dire que l’objet culturel doit être transformé en objet d’enseignement, il faut explorer les voies de cette transformation APS après APS... dans telles conditions d’enseignement.
Extraits de l’ouvrage « Techniques sportives et culture scolaire », éd. Revue EPS, 1996, p.11
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