Bulletin de l’institut



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14° ANNÉE N° 60 MARS 1922.

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BULLETIN

DE L’INSTITUT

DES PETITS FRÈRES DE MARIE




Vers le mieux!

Le premier souci de l'homme ne doit pas être de savoir comment il gagnera sa vie, mais comment il vivra; car s'il vit bien il trouvera aisément le nécessaire.

Comment dois-je vivre? Comment tirer de ma vie le plus et le mieux qu'elle puisse fournir en vue de la fin que mon créateur s'est proposée en me la donnant? Comment devenir vraiment homme et faire œuvre d'homme créé à l'image de Dieu ? Voilà ce qui doit avant tout me préoccuper.

L'utile n'est pas ce qui vaut le plus cher; mais à vrai dire, rien n'est aussi utile que ce qui sert les fins divines; que ce qui, indépendamment du vivre et du couvert, illumine, -élève, ennoblit et enrichit notre vie; que ce qui contribue à nous rendre meilleurs, plus parfaits.

Nous élever continuellement au-dessus de nous-mêmes nous rapprocher chaque jour un peu plus de la vérité, de, la bonté, de l'idéal moral de la perfection; devenir un peu plus semblables à Dieu: voilà le vrai but où nous devons tendre, l'idéal que nous ne devons pas cesser de poursuivre..

L’idéal est une invitation à fuir tout ce qui est bas, tout ce qui est vulgaire pour nous réfugier dans les hautes pensées, dans les généreux sentiments,. dans les nobles actions, vraies sources de force, de paix et de joie.

N'alléguons pas que c'est impossible: il est vrai que la perfection absolue n'est pas à notre portée; mais ceux qui s'efforcent sérieusement de devenir parfaits acquièrent insensiblement une supériorité et des vertus qui les en rapprochent, en même temps qu'ils goûtent un contentement et une satisfaction intime dont la plupart des hommes n'ont pas l'idée.

Ne disons pas non plus que les occasions nous manquent: dans la vie, il y a place pour tout, et moyen de tout faire. Quand nous nous plaignons que les circonstances favorables nous font défaut, ce qui nous manque en réalité, c'est la foi, l'espérance, les bons désirs, la bonne volonté, la vigilance, la réflexion, les efforts sincères; c'est aussi peut-être de savoir où nous allons et d'y marcher résolument.

Proposons-nous un but, une fin bien arrêtée, et les occasions de l'atteindre surgiront d'elles-mêmes comme éclosent les bourgeons au souffle du printemps. Là où l'esprit négligent et inattentif ne rencontre que le désert, l'observateur diligent et avisé, découvre les choses les plus précieuses. Le plus grand talent des hommes qui ont réussi a été leur confiance passionnée dans l'efficacité du travail.

A l'œuvre donc. Quelles que soient l'heure et la circonstance où se révèlent à nous le sens et la valeur de la vie, il est toujours temps de se mettre à la tâche avec l'espoir fondé de ne pas travailler en vain.

Un bien, un bien illimité est à la portée de chacun de nous: nous eût-il échappé cent fois, il faut croire encore que le moment présent est celui de le saisir. D'insuccès en insuccès, nous nous élevons vers la vérité et vers l'amour: c'est une ascension à la portée des plus modestes.

Au milieu même des plus .humbles préoccupations de la vie quotidienne, il est loisible à chacun de nous, si nous le voulons, de nous élever aux régions supérieures où nous appellent de concert nos aspirations et nos désirs; il nous suffit pour cela de profiter avec soin et persévérance des nombreuses occasions qui s'offrent à nous de faire le bien , et de nous sanctifier.

Si nous ne pouvons pas accomplir de grandes choses, il s'en présente du moins de petites à faire avec perfection. Que de fois par jour n'avons-nous pas l'occasion de nous montrer polis, obligeants, discrets, aimables; d'écouter avec attention, de. nous taire ou de parler propos; de nous vaincre, de nous mortifier, de nous refuser quelque plaisir facile et vulgaire pour nous rendre capables d'une joie pure ou mieux encore pour plaire à Dieu?... Serait-il si difficile -de la saisir?

Bêlas! si le bien idéal nous échappe si• souvent, ce n'est pas parce qu'il est éloigné ou insaisissable, mais parce que nous sommes nous-mêmes inattentifs, négligents, distraits, indifférents, dépourvus d'énergie, .de courage, de persévérance; parce que nous ne savons ni croire, ni aimer, ni vouloir fortement.


(Cf. Mgr. Spalding, évêque de Peoria (États-Unis): Discours prononcé, le 6 décembre 1899, à l'inauguration de l'Institut Spalding, Passim).

RELIGION et VIE SPIRITUELLE




SAINT JOSEPH




Patron et modèle des Educateurs chrétiens.

C'est un privilège, une gloire propre de saint Joseph de convenir comme modèle aux personnes et aux collectivités des plus diverses conditions. Les époux et les vierges, les pères et les enfants, les familles selon la nature et les familles selon: la grâce, ceux qui s'adonnent de préférence à la vie contemplative et ceux que leur vocation destine principalement aux œuvres de zèle ou au travail des mains ont des raisons également plausibles de le revendiquer comme un incomparable modèle et de recourir à lui comme à un protecteur né de leur cause ou comme à leur intercesseur tout désigné auprès de Dieu.

Ne semble-t-il pas, cependant, que, s’il est dans le peuple fidèle, une catégorie de personnes qui ait des droits tout spéciaux à agir de la sorte, ce doive être celle des éducateurs - chrétiens, puisqu'il plut à Dieu le Père de choisir le saint Patriarche de Nazareth pour présider, concurremment avec Marie sa très sainte épouse, à l'éducation en tant qu'homme de son Fils unique et éternel le Verbe incarné, et qu'il a si admirablement correspondu à cette sublime mission?

Si d'ordinaire la raison du patronage se tire principalement de l'analogie entre la fonction du protégé et celle que le protecteur a remplie sur la terre, nul saint ne peut évidemment avoir des titres plus légitimes que le bienheureux éducateur de Jésus, Enfant à être le patron et le modèle de ceux qui se consacrent à l'éducation chrétienne des enfants de la sainte Eglise; nul établissement d'éducation chrétienne ne peut être appelé d'un nom plus heureusement choisi que du nom de Saint - Joseph, porté, Dieu merci, par un si grand nombre de nos maisons; et nulle recommandation n'a le droit de nous paraître plus opportune que celle que nous fit, sur son lit de mort notre Vénérable Fondateur, en nous disant: "Joignez à la dévotion à Marie, la dévotion au glorieux saint Joseph, son très digne époux. Vous savez qu'il est un de nos premiers patrons’’.

Arrêtons-nous clone aujourd'hui un moment sur les précieuses leçons que rions pouvons tirer, dans l'exercice de notre fonction d'éducateurs chrétiens, de la conduite de saint Joseph à l'égard du saint Enfant Jésus : leçon d'humilité, leçon de justice et de sagesse dans l'exercice de l'autorité, leçon de respect pour '.l'enfance, leçon, enfin, de paternité spirituelle, c'est-à-dire, d'affection surnaturelle, d'abnégation et de dévouement à l'égard de nos élèves.

1°. Leçon d'humilité. — Elever chrétiennement les enfants, c'est-à-dire éclairer leur intelligence en y faisant pénétrer la, connaissance des choses divines et humaines; tourner leurs cœurs à la piété et à la vertu ; tremper leur âme pour la guerre contre les mauvais penchants de leur propre nature et les âpres nécessités de la lutte pour la vie; multiplier leurs énergies et leurs puissances natives ; les aider, en un mot, par l'union de nos efforts aux leurs et aux secours de la grâce divine, à devenir des hommes de bien sur la terre et des élus pour le ciel: c'est sans contredit une grande et belle tâche, une noble et sublime mission, une fonction si importante et si élevée que, selon Mgr Dupanloup, parmi toutes celles qui trouvent leur exercice dans la vie sociale, il n'y en a aucune qui lui soit supérieure. C'est, dans un sens très réel, une participation glorieuse à l'œuvre créatrice de Dieu le Père, à l'œuvre rédemptrice de Dieu le Fils et à l'œuvre sanctificatrice du Saint-Esprit. Mais, plus grandes sont la beauté, la noblesse, la dignité et la sainteté d’une pareille œuvre, plus effrayante doit nous paraître, si nous jugeons sainement, l'indigence des moyens personnels pour l'accomplir dignement. Si d'un côté elle nous honore par son élévation et son excellence, de quelle terrible responsabilité ne nous charge-t-elle pas? En recevant ces dépôts d'une valeur inestimable, nous avons promis moralement d'en faire: pour la famille, des fils obéissants, respectueux et dévoués ; pour la patrie, des citoyens vertueux et éclairés ;' pour l’Eglise, de vrais fidèles : pour Dieu, des adorateurs en esprit et en vérité; pour Notre-Seigneur, des disciples dignes de ce nom; et pour les bienheureux habitants du ciel, des compagnons de leur gloire; autant d'engagements que, par nos seules ressources, nous sommes nécessairement hors d'état de remplir comme il convient, tant ils dépassent la mesure de nos capacités naturelles.

De là, pour nous, une puissante raison d'avoir d'humbles sentiments de nous-mêmes, de, ne compter que sur le secours de Dieu; et c'est déjà un premier point de vue auquel saint Joseph nous est un excellent modèle.

Lui, ce n'est pas seulement d'enfants ordinaires, de fils de grands de ce inonde, ni même de fils de rois qu'il avait reçu la mission de former l'esprit et le cœur: c'est du Fils du Roi des rois, du Sauveur appelé depuis quatre mille ans par les soupirs du genre humain, du Rédempteur du monde, du Fils unique du Dieu tout-puissant, qui par amour pour nous a voulu se revêtir, au péché près, de toutes nos infirmités et de toutes nos misères. Et pourtant, loin de tirer vanité d'un si haut emploi, d'un si sublime privilège, il ne pense, à l'exemple de sa très sainte épouse, qu’à s'abaisser plus profondément devant Dieu, à s'émerveiller que le Tout-Puissant ait daigné se servir de lui pour de si grandes choses, et, tandis qu’il est l'admiration des anges du ciel, il continue à ne passer aux yeux des hommes que pour un modeste artisan.

Leçon de sagesse et de justice dans l'exercice de l'autorité. — Aux tout premiers rangs des conditions essentielles d'une bonne éducation, il n'y a aucun doute qu'il faille mettre l'autorité, c'est-à-dire, pour le maître, le droit de commander, auquel correspond, pour l'élève, le devoir d'obéir. En effet, la volonté de l'enfant, qu’il s'agit avant tout de former, parce qu'elle est le centre moteur de toute vie bien ordonnée, est sujette à la loi de l'habitude et par conséquent de l'effort. C'est par l'exercice progressif et longtemps répété qu'elle se développe, se fortifie, s'entraîne, s'aguerrit et s'oriente solidement vers le bien. Or, cet effort nécessaire et souvent répété, l'enfant n'est que trop rarement disposé à le faire de lui-même, soit parce qu'il n'en comprend pas la nécessité soit parce qu'il répugne naturellement à la gêne. Pour qu'il s'y décide, il faut donc qu'une autorité vienne l'y obliger; autrement sa volonté incapable de réagir, suivra sa pente naturelle, et gardera sa faiblesse primitive, autant vaut dire son impuissance pour le bien.

Mais il va sans dire que l'autorité capable de remplir efficacement ce rôle salutaire ne saurait être le pouvoir aveugle, capricieux, incohérent, sans guide ni frein, avec lequel on n'a que trop de penchant à la confondre ; c'est une force calme, disciplinée, clairvoyante, qui n'agit qu'à bon escient et à bon droit, prenant toujours la justice pour guide, la sagesse pour compagne, et sachant assaisonner de bonté jusqu'à ses rigueurs nécessaires. Elle ne peut-être vraiment éducative qu'à condition de se présenter sous ces traits qui sont les siens propres. Respectueuse de tous les droits, elle n'a généralement aucune peine à faire reconnaître les siens; mais si, dégénérant de sa vraie nature, elle se montre violente, injuste, oppressive, inconstante, aujourd'hui débonnaire jusqu'au ridicule et demain peut-être impitoyable jusqu'à la cruauté, quoi d'étonnant qu'elle indigne, irrite, soulève, qu'elle provoque presque fatalement la haine, la révolte ou le mépris, et que, loin d'avoir dans l'éducation aucun résultat profitable, elle produise souvent des effets désastreux !

Si nous désirons la contempler clans sa perfection idéale, transportons-nous en esprit dans l'humble maison de Nazareth et considérons-la dans le bienheureux chef de la Sainte Famille.

Choisi de Dieu pour exercer en ce monde la plus haute autorité qui fut jamais, puisqu'il doit commander au Verbe incarné et à la plus élevée de toutes les créatures, il a accepté par obéissance cette mission insigne; et, malgré les répugnances de son humilité, il n’hésite pas à en assumer toutes les fonctions. Dans la maison de Nazareth, c'est lui qui prévoit, lui qui ordonne, lui qui dispose, lui qui commande ; et ce sont Jésus et Marie qui ont le devoir d'obéir. Mais qui pourrait dire avec quels sentiments de justice, de sagesse, de douceur, de calme, de respect, d’humilité, d'oubli de lui-même pour ne songer qu'à la gloire de Dieu et aux intérêts de la Sainte Famille, il s'acquitte de cette charge ! En vain, dans ses commandements, chercherait-on la moindre trace de hauteur, d'arrogance, d'emportement, d'aigreur, de caprice, d'égoïsme ni de 'tant d'autres défauts qui, trop souvent peut-être, rendent les nôtres si pénibles à, ceux qui ont à les recevoir et à les suivre.

Est-il étonnant qu'ils ne soulevassent dans l'âme de ses augustes subordonnés qu'un acquiescement sans réserves et que, dans l'humble demeure, au milieu des rigueurs de l'indigence régnât la paix du paradis. Oh! si nous allions plus souvent, nous qui nous plaignons de l'indiscipline et du peu de docilité de nos élèves, à l'école du glorieux patriarche et si nous apprenions à mettre dans notre manière de commander les caractères dont savait s'empreindre la sienne, combien plus rarement nous aurions à souffrir de ces défauts! Il est vrai que les enfants auxquels nous avons affaire n’ont pas tous les heureuses dispositions de la Ste Vierge et de l'Enfant Jésus mais qui sait s'il n'y a pas quelquefois autant de notre faute que de la leur, et si, en procédant à leur égard d’une façon plus juste et plus saga, nous ne verrions pas souvent la docilité confiante et cordiale succéder à l'insubordination et au mauvais esprit?

Leçon de respect pour l'enfance. — L’enfant — disait déjà lit sagesse antique — a droit à un grand respect; et l'on pourrait presque ajouter que dans celte brève sentence il y a le germe de toute une théorie pédagogique, la substance de tout un traité d'éducation, tant elle jette de lumière sur les principes qui doivent présider à la formation de la jeunesse et tant elle entraîne de corollaires pour les procédés à employer dans ce but.

Oui, même à ne le considérer qu'au point de vue purement humain, l'enfant a droit à un grand respect. Que de grandeur en lui, en effet, déjà sous ce seul aspect! -Il n'est pas seulement, comme dit Mgr. Dupanloup, une aimable créature dont la candeur, la simplicité naïve, la naturelle droiture, la générosité spontanée et la docilité confiante gagnent invinciblement l'affection : c'est le bonheur de la famille dont il est le trésor, le charme, la joie et le bien le plus doux, en attendant qu'il en soit le soutien ; c'est l'espérance de la patrie et de la société tout entière, qui se renouvellent et se rajeunissent en lui; c'est l' homme lui-même, avec tout son avenir renfermé dans ses jeunes années; c'est, en résumé, l'humanité dans sa fleur.

Mais combien ce nimbe auguste de dignité et de grandeur qui auréole le front de l'enfant aura droit de nous apparaître plus beau et plus resplendissant encore, si, nous élevant au-dessus de ce point de vue purement naturel et terrestre, nous venons à le considérer au point de vue de la foi ! Ce n'est plus seulement alors l'avenir et l'espérance de l'humanité que nous trouvons en lui: il se présente à nous, dans un sens très réel comme l'image de Dieu, comme l'enfant de Dieu, comme le temple de Dieu, comme l'héritier du royaume céleste; et quels titres nouveaux cela ne lui donne-t-il pas à notre estime, à notre religieux respect!

A toutes sortes d'égards, nous devons donc respecter nos élèves.

Nous devons respecter leur intelligence, où se cache un rayon de la divine sagesse et qui est destinée, peut-être, qui sait? à briller d'un vif éclat au firmament de la sainte Eglise ou dans quelque autre sphère de la société; nous devons respecter leurs jeunes cœurs qui nous. demandent d' instinct de les acheminer vers des objets dignes de leur amour et dont il serait si criminel de tromper la confiance ; nous devons respecter leur volonté naissante, dont nous avons, sans doute, à réprimer les écarts, mais -dont nous devons craindre d'affaiblir les ressorts en les comprimant d'une main imprudente; nous devons respecter enfin et par dessus tout leur innocence, qui les rend l'objet des complaisance de leurs bons anges, des saints du ciel, de Dieu même et contre les ravisseurs de laquelle le divin Maitre a prononcé de si terribles mais si justes anathèmes.

Prenons modèle encore ici sur le bienheureux chef de la Sainte Famille. Quel admirable exemple des sentiments qui doivent être l'âme de nos rapports avec nos enfants et surtout du respect avec lequel nous devons nous comporter à leur égard ! Par devoir, il avait à commander à l'Enfant-Dieu, à le diriger, à l' instruire, à faire pour lui, à peu de chose près, ce que nous avons à faire à l'égard de nos élèves. Essayons de nous représenter avec quels sentiments de révérence, de pure affection, de retenue modeste et de sainte humilité il accomplissait tout cela, et tachons de les imiter dans la mesure de notre possible. Ce ne sera pas une exagération, en somme, car ce sont d'autres Jésus qu'il y a el que nous devons tâcher de voir dans la personne de nos élèves: nous en avons pour garant la parole même du divin Maître, qui n'a pas craint de dire: Quiconque reçoit en mon nom un enfant comme celui-ci, c'est moi-même qu'il reçoit; et tout ce que vous ferez au moindre de ces petits qui croient en moi, c'est à moi, c'est à, moi-même que vous le faites.

Leçon de paternité spirituelle. — La meilleure idée qu'on puisse se faire d'une maison d'éducation véritablement chrétienne est de se la figurer comme un de ces foyers bénis, où, sous l'œil de Dieu et de ses religieux parents, au milieu d'une atmosphère de tendresse et de soins dévoués grandit une nombreuse couronne d'enfants sous la bienfaisante influence des sentiments et des vertus de l'esprit de famille. Les maîtres qui y président doivent avoir pour les enfants qui leur sont confiés, un amour, une sollicitude et un dévouement tout paternels, comme, de leur côté, les enfants qui la fréquentent doivent avoir pour leurs maîtres un respect, un amour, une docilité •et une confiance de fils.

Selon la belle expression de Clément d'Alexandrie, l'union de l'âme à l'âme, de l'esprit à l'esprit, que l'éducation établit entre le maitre et le disciple fait vraiment du premier un père à l'égard du second; et c'est une vérité que l'éducateur ne doit jamais perdre de vue ;afin de ne pas oublier des devoirs qui lui incombent en celle qualité. Il y a même plus, ajoute St. Chrysostome; l'amour, la sollicitude, le dévouement des éducateurs pour leurs enfants spirituels doivent être de beaucoup supérieurs à ceux qui animent, à l'égard de leurs fils, les parents selon la nature; car, lorsque Dieu travaille l'ordre naturel, il le perfectionne toujours; son action a constamment pour effet. d'ajouter un nouveau bien à celui qui existait déjà.

Celui donc qui est appelé à l'insigne honneur de former des âmes créées à l'image de Dieu, doit éprouver pour elles des sentiments d'affection et de tendresse tels qu'il puisse se dire leur père en Jésus-Christ. C'est la condition du bien qu'il peut espérer de leur faire.

Au souffle divin de cette affection épurée par la grâce, elles se dilatent, s'épanouissent, tout ce qu' il y a de bon dans le fond de leur être se développe, toutes les semences de bien qui y dormaient sont appelées à la vie pour fleurir et fructifier en leur temps.

Mais qu'attendre à cet égard de l'éducateur qui n'aurait pas dans son âme les heureuses inspirations du respect, de l'amour et du dévouement? Fût-il doué par ailleurs d'estimables qualités, son action formatrice sur les âmes' se réduira à bien peu de chose si tant est qu'elle ne soit pas entièrement nulle. Où trouverait-il cette prévoyance du cœur qui songe aux besoins ou aux dangers du lendemain et y pourvoit d'avance pour des êtres aussi légers et oublieux qu’ils sont insouciants; ces attentions du cœur, ces innombrables expédients inspirés par l'amour pour s'accommoder à toutes les variations, à tous les besoins de natures si impressionnables, si mobiles, si frêles?....

Sous sa main, ceux qui sont les mieux doués, pourront peut-être acquérir une certaine forme extérieure, un certain vernis d'éducation ; mais d'éducation véritable, ils n'en auront pas. Le cœur avec ses bons et ses mauvais penchants, le caractère avec ses inégalités et ses vicissitudes, la piété avec sa féconde et salutaire influence, resteront toujours en dehors de cette formation laborieuse et délicate, qui ne peut être l'œuvre que de l'amour et du dévouement inspirés et soutenus par la foi.

De cette paternité spirituelle, inexprimable mélange de tendresse et de force, de douceur et de fermeté, d'affection et de respect, de sollicitude incessante et de dévouement à toute épreuve, nous trouvons encore un admirable exemple dans la conduite de saint Joseph à l'égard de son divin élève le Saint. Enfant Jésus.

Pour l'accomplissement de ses desseins de miséricorde en faveur du genre humain, Dieu lui a Confié comme un précieux dépôt ce Fils unique, l'objet de ses éternelles complaisances et la seule espérance de notre salut; il lui a commandé de servir de père à cet enfant' qui n'en a point ici-bas; Joseph, avec l'obéissance et la foi des anciens patriarches, a religieusement accepté ce ministère qui lui réserve, il le sait, d'indicibles consolations mais aussi des tribulations sans nombre, et, à partir de ce moment, il ressent pour ce fils adoptif, l'inclination naturelle, les douces émotions et les tendres empressements d'un cœur vraiment paternel; ce qu'il n'était point par nature il le devient par grâce, et il ne vit plus que pour Jésus, il n'a plus d'amour ni de soins que pour lui; et cela, que ces soins soient agréables et doux ou qu’ils entraînent avec eux des peines, des ennuis et des sacrifices de toutes sertes. Avec autant de piété que de doctrine, un des plus zélés apôtres de la dévotion à St. Joseph au XVII° siècle exalte le bonheur qu'eut le bienheureux patriarche de vivre pendant des années, à titre de père, dans la société intime de Jésus Enfant :

Quand nous déclarerez-vous, ô glorieux Joseph, dit-il en substance, combien grande était la douceur de vos pensées et la profondeur de vos abaissements, lorsque le petit Jésus vous appelait son bon père; quels étaient les sentiments de votre cœur pendant les nuits entières que vous passiez près de son berceau veillant avec tendresse sur sa faible humanité, tandis que veillait sur vous le cœur de sa divinité ; de quels feux brûlait votre sainte âme quand il vous arrivait de le coucher ou de le lever, de l’habiller ou de le déshabiller, de le conduire par la main ou de le porter dans vos bras et de recevoir, en échange de vos tendres soins, ses divines caresses: quels ravissements étaient les vôtres, quand vous le voyiez grandir sous vos yeux en sagesse et en grâce devant Dieu et devant les hommes, quand vous considériez la pénétration précoce de son esprit, la, bonté de son cœur, la douceur de son caractère, la gentillesse de ses procédés, l'amabilité de ses manières, les charmes de sa conversation, et sa bonne grâce en tout ce qu'il faisait; de quelle admiration vous étiez saisi lorsque Jésus, bégayant, discourait avec vous du royaume de son Père? N'est-i pas vrai que parmi tout cela votre âme se fondait d'aise, et que vos cœurs s'écoulaient, pour ainsi dire, l’un dans l'autre par des communications ineffables, ou mieux encore par des transfusions réciproques de joie et d'amour?''

Tout cela est vrai; c'est là le côté doux et agréable de la paternité du saint patriarche envers l’Enfant Dieu ; mais par d'autres endroits, combien elle fut dure et crucifiante! Quand Jésus entre quelque part il ÿ entre avec sa croix, et il en fait part à ceux qu'il aime.

Jusque-là le saint patriarche avait été pauvre, mais il n'avait pas encore été sans maison; il avait un lieu pour se retirer Mais à peine est-il devenu père adoptif du Divin Enfant qu'on ne trouve plus de place pour lui, sa retraite est dans une étable. Avec Marie, sa très sainte épouse, il vivait tranquille, surmontant la pauvreté par la patience et son travail assidu; mais Jésus à peine né ne lui permet plus ce repos, il semble ne venir au monde que pour le troubler. Le pauvre artisan, qui n'a d'autre héritage que ses mains, ni d'autre fonds que sa boutique, ni d'autre ressource que son travail, est contraint de tout quitter pour fuir en Egypte. Ce n'est même pas tout: non content de lui attirer les rebuts et la persécution des hommes,

Jésus lui-même semble se faire son persécuteur; trompant sa vigilance, il demeure trois jours perdu, laissant sa mère et son père nourricier dans les plus cruelles alarmes. Mais, au milieu de toutes ces épreuves, ni la foi, ni l'amour de Joseph ne sont ébranlés, il ne se plaint même pas; au contraire, pour cet enfant incommode, qui semble ne lui avoir été donné que pour le tourmenter, il sent redoubler sa tendresse, croître son dévouement, il s'estime heureux de souffrir et il serait disposé à donner dix fois sa vie.

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Nous donc qui avons le sincère désir de remplir dignement auprès de la jeunesse la belle mission que nous a confiée la divine Providence, mais qui sommes peut-être enclins a en voir les cotés pénibles plutôt que les côtés consolants, ne craignons pas de recourir au saint patriarche; dans nos difficultés, nos peines, nos ennuis, nos incertitudes, allons à Joseph, comme l'Eglise nous y invite : nous trouverons en lui non seulement un beau modèle à imiter, mais un protecteur secourable qui, non content de nous montrer la voie à suivre, nous obtiendra du Seigneur la force nécessaire pour y marcher sans défaillance et arriver heureusement au but. F. D.



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