Le sergent simplet travers les colonies françaises



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XXIV

LE ROI


Un casino de ville d’eaux, telle est l’impression que donne l’édifice habité par le roi, avec ses pavillons central et d’angles coiffés de toits dorés en forme de mitre siamoise.

Deux larges escaliers accèdent au pavillon qui occupe le centre. Ils aboutissent à un vaste vestibule communiquant, à droite, avec les salons de réception des grands dignitaires de la couronne ; à gauche, avec la salle du corps diplomatique au bout de laquelle est le bureau du souverain.

Un cabinet haut et spacieux, meublé à l’européenne, avec table, chaises, divans, bibliothèque garnie de volumes surtout anglais, et au milieu de cela, des tapis hindous, des tentures de soie d’Annam. Sur la cheminée, entre deux candélabres de jade et bronze sortis de la maison Barbedienne, un Bouddha couché sur un bloc de cristal. Des panoplies où le javelot des Muongs alterne avec les fusils perfectionnés d’Europe, où le modeste sabre-baïonnette figure parmi les kriss, les kandjars damasquinés, enrichis de pierres précieuses. Le luxe oriental mêlé au confortable européen.

Un homme est assis sur un divan. Il a une trentaine d’années, est de taille moyenne et bien proportionné. Mais son visage rond, que la fine moustache tombante coupe d’une ligne noire, mais ses yeux profonds au regard très doux expriment la tristesse. C’est le roi. Habillé d’un veston en petit drap bleu-marine, d’un langouti de soie bleue descendant aux genoux, de bas noirs et de souliers vernis, il caresse distraitement trois jeunes enfants aux yeux noirs perçants, à la mine futée, portant des vêtements anglais, mais coiffés à la siamoise, c’est-à-dire les cheveux relevés au sommet de la tête en un toupet qu’enserre une couronne de fleurs de jasmin.

Ce sont les princes, ses fils aînés. Ils n’ont point encore séjourné dans les bonzeries pour y apprendre la sagesse des talapoins ; aussi n’a-t-on point tondu le toupet fleuri, emblème de la jeunesse et de l’irresponsabilité. Ils rient, babillent, font des niches. Le roi n’y prend pas garde.

Il se lève, va à la fenêtre, fouille des yeux la cour où se croisent des soldats, des serviteurs, des mandarins, fixe un regard sur la pagode de Val-Maha-That dont les cryptes renferment les cendres de ses aïeux, puis il laisse retomber le rideau.

– Rien, rien encore ! fait-il tout haut.

Les enfants ont entendu. Ils se rapprochent.

– Qu’attend ainsi mon père tout-puissant ? demande l’un.

– Ah ! riposte l’aîné, je m’en doute.

– Quelqu’un ou quelque chose ?

– Quelqu’un.

– Et qui ?

– Celui qui est toujours auprès de notre père vénéré, celui dont la voix le charme, dont la pensée pénètre en lui, dont la sagesse l’étonne.

– Rolain, répondent les deux autres en chœur.

– Rolain, vous l’avez dit.

Ces voix chères éclaircissent un moment le front rembruni du souverain. Un pâle sourire voltige sur ses lèvres.

– Tu as deviné, Chulachom Phra, c’est Rolain que j’attends.

Le fils aîné s’appuie calmement contre son père.

– Quand il viendra, vous ne me renverrez pas, seigneur ?

– Si, car nous avons à nous entretenir de choses sérieuses.

– Ah ! tant pis !

– Tu tenais donc bien à le voir, Chulachom ?

– Oui, père, et à l’entendre surtout. C’est un homme, celui-là, comme le divin philosophe Bouddha les aimait.

Le roi sourit de nouveau.

– Oh ! oh ! Chulachom, tu connais les goûts de Bouddha ?

– C’est le mandarin, ministre de l’armée, qui le disait l’autre jour, et je pense qu’il a raison. Ah ! quand il parle de guerre, des anciennes gloires du Siam, de celles qui lui sont tenues en réserve, j’ai envie de l’embrasser, Rolain.

Et tristement, le roi secoue la tête.

– Toi aussi, il t’a entraîné !

Il revient à la fenêtre, et tout à coup son visage s’illumine.

– Le voici !

Il ouvre et appelle :

– Rolain, mon ami, montez, montez vite.

Puis il referme sans remarquer l’ahurissement du maître des cérémonies pétrifié au milieu de la cour par cette infraction invraisemblable à l’étiquette : le roi se donnant la peine de héler quelqu’un lui-même.

Un gong a retenti. Un serviteur entre dans le cabinet et emmène les princes mécontents malgré une dernière caresse de leur père.

Le maître du Siam est seul. La porte tourne sur ses gonds. Rolain paraît. Sa figure n’est plus dure comme au moment où il donnait ses ordres au mandarin Bob-Chalulong, ni obséquieuse comme à la minute peu éloignée où il recevait ceux de l’administrateur du Birman-Railway. Elle respire la franchise, l’enthousiasme. – Ce masque se prend comme un autre. Le souverain court à lui, il lui saisit les mains – oubliant encore l’étiquette – et d’une voix anxieuse :

– Qu’as-tu appris, ami, parle ?

– Tout est vrai, mon maître vénéré.

– Tout ? Ainsi les Francs ?…

– Les Francs arment. Ils envoient en avant leurs canonnières l’Inconstant et la Comète.

– Alors c’est la guerre, la guerre inévitable ?

– Oui.

Un long silence succède à ces courtes répliques. Le roi a baissé les paupières. Un pli douloureux se creuse entre ses sourcils.



– La guerre ! répète-t-il.

Mais Rolain, qui a eu un imperceptible et insolent mouvement d’épaules, s’écrie :

– Oui, la guerre avec la victoire assurée, grâce au concours de l’Angleterre votre alliée, qui soulève l’Europe lasse de l’orgueil de ces Francs. La guerre qui vous couvrira de gloire, qui stimulera l’amour de vos sujets et vous vaudra devant l’histoire le surnom de Victorieux.

Le prince ne se prend pas à son exaltation.

– Ce n’est point là ce que j’avais espéré. Sur la foi des journaux, j’avais pensé les Français disposés à abandonner l’Annam, le Tonkin et je croyais pouvoir les réunir à ma couronne, nouer des relations commerciales avec l’Inde, la Chine, l’Europe, décupler la fortune de mon pays et mériter le seul titre de Bienfaiteur des Thaï.

– Le résultat sera le même, Sire, et un peu de lauriers ne gâte rien.

– Des lauriers ! As-tu songé de quel prix on les paye ? De beaux jeunes hommes que l’on envoie à la mort, des familles désespérées ; des mères, des fiancées criant vengeance auprès de Bouddha. Va, c’est parce que les malédictions de ces pauvres femmes les ont marqués au front que les conquérants se couronnent de lauriers. Ils veulent cacher la marque sanglante.

Comme inspiré, le roi parlait. Il s’animait à défendre les humbles, victimes émissaires du triomphe des conquérants.

– Et je vais déchaîner de tels malheurs sur la patrie des Thaï ! reprit-il. Du fond de mon palais, dans mes nuits sans sommeil, je serai poursuivi par les sanglots de la nation ; j’entendrai au loin les détonations de la poudre, dont chacune annoncera la mort de quelques créatures humaines. Et pourquoi tout cela ? Pour cette fumée chargée de l’odeur fade du sang que l’on appelle la gloire ! Ah ! Rolain, mon ami, que ne puis-je donner ma vie pour épargner celle de mes soldats !

Le roi était profondément attristé. Une émotion sincère faisait trembler sa voix, alors qu’il exprimait ses généreuses pensées. Bien qu’il fût monarque absolu, il n’avait point revêtu la cuirasse d’égoïsme qui enveloppe d’un triple airain le cœur des tyrans. Doux et bienveillant, il était resté le philosophe façonné par les talapoins. Bouddhiste, il ne se disait point que la divinité l’eût fait d’une essence supérieure ; homme, il aimait son peuple. Et certes, ainsi qu’il l’avait affirmé, il aurait volontiers fait le sacrifice de sa vie s’il avait pu ainsi éloigner du Siam les horreurs de la guerre.

Son interlocuteur se taisait. Avec l’indifférence de ceux qui sont assurés d’avoir le dernier mot, il laissa s’épancher la douleur du souverain, et quand il jugea le moment opportun :

– Roi, lui dit-il, vous avez la sagesse des dieux, votre âme est ouverte aux subtiles tendresses ; mais pourquoi pleurer sur ce qui est fatal ? À cette heure, les vaisseaux francs forcent de vapeur pour arriver sous votre capitale et la couvrir d’obus. Il faut agir.

– Agir, c’est-à-dire appeler la furie des combats, offrir des hécatombes aux génies de la mort. Ah ! pourquoi m’as-tu empêché de faire droit aux réclamations des Francs ?

– Le souci de Votre Grandeur, Sire, interrompit Rolain d’un ton pénétré. Je ne croyais pas qu’un jour mon dévouement me vaudrait un reproche du maître à qui j’appartiens tout entier.

– Pardonne-moi, ami, s’empressa de répondre le roi en pressant la main de son conseiller, je souffre et cela m’égare. C’est moi seul que je dois accuser. Qu’importe ma Grandeur, la seule vérité est la justice. Les revendications des Francs étaient justes, je devais céder. Jamais il n’est trop tard pour reconnaître son erreur. Le sang a coulé, mais il n’en coulera pas davantage. Pars, mon ami ; pars, mon autre moi-même. Va dire aux Français que mes soldats abandonneront les rives du Mékong, que j’indemniserai ceux qui ont été lésés. S’il le faut, ajoute que le roi de Siam regrette son erreur.

Il est impossible de peindre l’expression de la figure de Rolain. La stupéfaction, la rage s’y montraient tour à tour. Quoi, ses longues machinations, sa cauteleuse diplomatie aboutiraient à un échec. Le prestige de l’ennemi s’accroîtrait soudainement alors que le sien s’effacerait dans l’ombre ? Jamais il n’accepterait cela. Il fallait de l’audace, il en aurait. Et soudain, d’une voix nette, tranchante :

– Ô Roi, dit-il, cherchez quelque autre messager pour porter vos paroles à nos ennemis ! moi je ne m’en sens pas capable.

Le souverain fit un geste de surprise, mais son confident poursuivit.

– Le sang a coulé, vous l’avez reconnu. Des guerriers thaï dorment dans les plaines voisines de Khône. Votre peuple a les yeux fixés sur vous. Vous êtes son défenseur, puisque vous êtes son maître. Il attend que vous le vengiez. Il ne comprendra pas votre justice. Ce n’est point après avoir défié son adversaire que le soldat doit s’agenouiller devant lui. Il fallait céder plus tôt, répétera-t-on dans chaque demeure de votre empire. Le roi a tremblé devant le canon des Francs, ricaneront les gouvernements étrangers. Prenez garde qu’au lieu des surnoms de Victorieux et de Bienfaiteur que vous invoquiez, vos sujets eux-mêmes ne vous appellent « Le Lâche ! »

Les yeux du roi lancèrent un éclair. Un flux de sang empourpra ses joues.

– Rolain ! gronda-t-il avec menace.

L’Européen ne baissa pas les paupières. Son regard ardent se riva sur celui du prince :

– Je vous ai insulté, s’écria-t-il dans un geste théâtral, livrez-moi à vos bourreaux, à vos tortionnaires. Que mon corps soit déchiré en lambeaux, jeté à tous les vents. En mourant par vous, victime de mon dévouement, je dirai encore : Roi, ne cède pas aux Francs. Et si durant ma longue agonie, vous venez auprès de moi, si je lis dans vos yeux la résolution de vaincre, de porter haut le drapeau des Thaï, alors, Sire, soyez-en sûr, le mourant se soulèvera et, sanglant, défiguré, reste informe d’un serviteur fidèle, il retrouvera des forces pour lancer à l’écho le cri : Vive le Roi !

L’irritation du souverain était tombée. Il s’assit et se cacha le visage dans ses mains. Rolain eut un indéfinissable sourire, puis paisiblement :

– Je vais me remettre aux mains de vos gardes, Sire.

– De mes gardes ! répéta le roi venant à lui, non, non. Tu es mon seul ami et j’irais te livrer ! Je ne puis te savoir mauvais gré, tu as parlé selon ton cœur. Tu t’es laissé entraîner par ton affection, je le comprends bien… Je sens que tu as raison. Il est trop tard pour accepter les conditions de nos ennemis ; mais alors, conseille-moi, soutiens-moi, guide-moi. Je n’ai confiance qu’en toi, Rolain, n’abandonne pas ton prince.

Une expression de triomphe se montra, fugitive, sur les traits du confident.

– J’ai été trop loin, c’est vrai. La crainte d’entendre le monde mépriser mon souverain bien-aimé m’a emporté. Je préférerais la mort à votre déshonneur, Sire.

– Brave ami !

– La guerre est nécessaire aujourd’hui. Quel est votre devoir ? Vous efforcer de la rendre aussi courte que possible pour le Siam.

– Oh oui, mais comment ?

Le conseiller s’épanouit. Depuis le commencement de l’entretien, il attendait cette question.

– Lisez, mon roi, fit-il en tirant de sa poche un rouleau de papyrus.

– Quoi ! tu as préparé un plan ?

– Oui, mon seigneur vénéré. Tous les instants de ma vie vous appartiennent ; sachant votre exquise bonté, j’ai passé des nuits à chercher de quelle façon l’effusion de sang pouvait être diminuée.

Et le maître du Siam lut.

Le papyrus énumérait les dispositions dont Rolain – avant même de solliciter l’autorisation de son souverain – avait donné connaissance au mandarin militaire de Paknam, Bob-Chalulong. L’État de siège proclamé à Paknam. Le fleuve, sauf un étroit chenal, obstrué par des jonques coulées. La pose de torpilles. La mobilisation des huit canonnières du roi. Celui-ci lisait.

– Oui, dit-il enfin, mes soldats seront bien protégés, mais les autres, pauvres gens ?

– Les autres sont vos ennemis.

– Je le sais, ami. Seulement je ne puis m’empêcher de les plaindre. Songe donc à leur mort horrible. Ils sont sur leur navire, ils remontent le courant et, tout à coup, une sourde explosion résonne, une montagne d’eau se soulève, tout disparaît dans un tourbillon d’écume. La torpille a fait son œuvre.

– C’est la victoire pour les vôtres, Sire !

– C’est l’assassinat en grand !

– Non, mon prince, c’est la bataille. La morale d’une nation ne saurait être celle d’un individu. Ce qui est mal pour celui-ci, devient louable chez celle-là. L’unité et la pluralité ne sont point régies par les mêmes lois, attendu que l’unité doit être limitée en liberté sous peine de nuire à la pluralité, tandis que celle-ci est indépendante.

– Pas absolument.

– Non, mais relativement.

Comme tous les élèves des talapoins, comme les mandarins et les lettrés, le roi de Siam s’était bourré de philosophie bouddhiste, et Rolain savait bien qu’une fois sur le terrain des subtilités métaphysiques, il lui appartenait.

– Relativement, reprit-il, voir Causes et Effets, Livre VII, des Traditions de Bouddha.

Le prince sourit :

– Législation, verset 2063, acheva-t-il.

Et le confident récita le verset :

– « Au commencement, l’individu, vivant isolé, existait seul et sa liberté était complète…

« – Mais, continua le roi chez qui toute tristesse avait disparu, les individus se multiplièrent, la terre en parut plus petite et la liberté des uns lésa celle des autres. C’est alors que se constitua la tribu qui seule désormais avait la liberté absolue, chaque unité ayant été contrainte d’abandonner une part de la sienne, sous peine de se condamner à la solitude et à la faiblesse.

Ici Rolain ressaisit la parole :

– « Bientôt, la tribu elle-même fut insuffisante, et plusieurs se groupèrent formant des républiques, première aspiration de l’homme vers un gouvernement régulier.

« – Les Burr, les Thaï, les Mogols, Tatars, Hana, Pou-Haï, Muongs, Duongs, Laongs élirent des chefs, assistés d’un conseil, au suffrage universel, chaque unité du faisceau conservant le droit de contrôle dans les affaires de l’Association.

– « Or, le nombre des lettrés, des cerveaux éclairés est moindre que celui des ignorants et des faibles d’esprit. Les inconvénients du système se firent jour.

– « Les incapables étant majorité écartaient systématiquement du pouvoir ceux qui savaient, ceux que l’étude avait préparés aux fonctions publiques.

– « Et d’une organisation juste, en apparence, naquit le règne des inférieurs, de la concussion. La bêtise et le vice enfantèrent le crime, et le contrôle libre de ceux qui ne comprenaient pas, amena l’esclavage de ceux qui comprenaient.

– « C’est alors que Bouddah survint.

– « Un rayon de soleil autour du front.

– « La sagesse sur les lèvres.

– « Et la bonté dans le cœur.

– « Pour se faire comprendre des humbles égarés il se présenta d’abord comme un humble.

– « Il se manifesta dans une étable où l’on enfermait les buffles domestiques.

– « Puis il parcourut les cités, surprenant les hommes par la clarté de ses raisonnements, par la vérité de ses discours, les entraînant par son éloquence, les dominant de sa ferme volonté.

Une minute, Rolain garda le silence avant de continuer d’un ton prophétique :

– « Et il institua la forme définitive et parfaite du gouvernement. Considérant qu’une autorité toute-puissante est nécessaire pour réfréner les appétits des individus, que sans pouvoir on arrive à l’anarchie, il établit la royauté absolue.

– « Au-dessous du roi, maître et juge de ses sujets, enchaîna le prince absorbé par la fiction philosophique, tous étaient égaux.

– « Mais s’inspirant de la nature qui crée les uns intelligents et les autres dénués de sens, tenant compte que le savoir rend apte aux conceptions les plus nobles et les plus vastes, que l’ignare, par ce fait seul qu’il ne sait pas, est incapable d’embrasser l’ensemble d’une question, il décida que les dignités seraient réservées à ceux qui, par leur intellect, leurs connaissances, leurs titres scientifiques s’élèveraient au-dessus de la généralité.

– « Et ainsi le divin philosophe mit fin aux guerres civiles et au malheur des peuples. »

La figure épanouie, les yeux fixés dans le vague, le souverain des Thaï rêvait. Rolain changea brusquement de ton :

– Et comme le roi est maître et justicier, ses sujets attendent qu’il sauvegarde leur honneur et leurs intérêts.

À ces paroles, le prince tressaillit. Ses traits se figèrent en une expression grave et d’un accent décidé :

– Que dois-je faire, à ton avis ?

– Signer ce papier, Sire, et ordonner l’exécution du plan qui y est développé.

– À mon ministre de la guerre ?

– Non. Il ignore la tactique des flottes européennes. Il lui suffira de mobiliser vos troupes et de se procurer en Birmanie des armes et des munitions.

– Tu veux donc toi-même ?…

– Oui, Sire. Ce me sera une récompense de mon affection de n’être étranger à rien de ce qui touche la gloire de Votre Majesté.

– Soit, mon bon Rolain, tu passes général.

Et allant à son bureau, le roi écrivit au bas de la feuille :

« Ordre à tout mandarin, soldat, marin, homme du peuple ou négociant du pays de Thaï, d’obéir à Rolain, dont il m’a plu de faire le premier de mes sujets. »

Puis il signa et rendit le parchemin à son confident.

– Es-tu satisfait maintenant ?

– Oui, mon seigneur, car je vais travailler à ta gloire.

Peu après, le conseiller sortait du bureau, traversait la cour du palais et disparaissait dans un cottage en forme de chalet suisse situé à droite de l’édifice.

Il montait au premier, pénétrait dans une chambre à coucher où le lit était remplacé par une natte tendue entre deux supports et il se couchait. Presque de suite il s’endormit paisiblement. Le but de son ambition était atteint. À cette heure, Rolain, grâce à la signature arrachée au roi, était le véritable maître du Siam.



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