Peut-on encore rêver le travail ?



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Utopies sociales d’hier et de demain :

Peut-on encore rêver le travail ?


“ Quel travail ? Images d’hier. Questions d’aujourd’hui. ”

Conférence du jeudi 26 avril 2001



www.cite-sciences/travail Les grands débats hebdomadaires

Thierry PAQUOT, Professeur à l'École d'architecture de Paris-la-Défense - "L'utopie ou l'idéal piégé", Hatier, 1996


J'enseigne la philosophie à l'université Paris XII Val-de-Marne. Je suis producteur sur France Culture d'une émission sur la ville qui s'appelle Côté ville, le mercredi, et je dirige la revue Urbanisme. J'ai écrit plusieurs ouvrages sur l'utopie, un ouvrage collectif sur le Familistère Godin à Guise, un ouvrage qui s'appelle Rêver demain, ou comment on imaginait le futur dans les temps anciens, et un essai plus personnel : L'utopie ou l'idéal piégé, publié chez Hatier en 1996, qui m'a permis d'être invité !

Christian thuderoz, CNRS - Centre de recherche innovation sociotechnique et organisation industrielle (Cristo) Université Grenoble 2


Je suis chargé de recherches au CNRS dans un laboratoire de sociologie industrielle à Grenoble, depuis quelques années. Depuis deux ans, je suis en détachement dans l'enseignement supérieur, nouvelle procédure possible au CNRS, donc actuellement dans une école d'ingénieurs, l'Insa de Lyon. Mes axes de travail sont  :

la sociologie des entreprises : je fais partie de ceux qui essaient de promouvoir une sociologie qui serait dédiée non pas au travail, non pas aux organisations, mais de manière plus spécifique à cet objet magnifique qu'est l'entreprise, et,

travailler sur la question de la négociation comme activité quotidienne, aujourd'hui en fort développement.

Modérateur


Merci de cette brève présentation. Pour se mettre tout de suite dans l'ambiance, je vous propose de regarder un rêve du travail, rêve qui date du siècle dernier, en regardant un tout petit extrait d'une production de France 3, émission Sagacité sur le Familistère de Godin à Guise :
"Il était une fois un riche industriel qui avait fait fortune en fabriquant des appareils de chauffage en fonte. Mais Jean-Baptiste Godin, inventeur des poêles du même nom, ne se contenta pas d'amasser de l'argent. Socialiste et utopiste, au temps où, faute d'expérience, ces deux termes étaient synonymes, Godin s'était mis en tête de faire le bonheur des ouvriers et prônait le partage des bénéfices. Jean-Baptiste Godin consacra toute son énergie et son argent à la construction d'un site idéal, où ouvriers et patron cohabiteraient et où seraient mêlés habitat, entreprise, école, loisirs et commerces. Ce fut le Familistère, construit au XIXe siècle à Guise, à côté des usines Godin. Devenu monument historique, régulièrement sillonné par des visites guidées, le Familistère de Guise est aujourd'hui habité par des retraités, des chômeurs et quelques nostalgiques des idées de Godin."

Thierry paquot


Le mot utopie apparaît pour la première fois en 1516, sous la plume de Thomas More. 1516 est une période qui n'est pas encore industrialisée. Le salariat n'existe pas ou pratiquement pas. Il n'est guère étonnant de trouver dans l'île d'Utopia un rapport au travail encore largement agricole, même si ces paysans résident dans les 54 villes semblables que possède l'île. Ils travaillent six heures par jour dans les champs, dans les forêts etc., huit heures pour dormir, et le reste du temps, ils font de la musique — Thomas More est un grand admirateur de la musique —, ils discutent entre eux des affaires de l'État qui sont les leurs, et ils se perfectionnent en assistant entre autres à des conférences.

C'est assez amusant, parce que nous sommes pour l'instant tous un peu Utopia. Thomas More a inventé ce genre littéraire, parce que c'est un genre littéraire, lié à l'écrit. C'est un texte avec une construction précise, en deux parties. La première partie est une dénonciation de la société anglaise, même si Thomas More est un jeune avocat qui finira shérif de la ville de Londres, et surtout grand chancelier du Royaume. Il refusera surtout d'admettre le divorce du roi, puisqu'il est catholique, et il sera donc condamné à être décapité — ce qui est réservé exclusivement aux gens de bien, les autres sont pendus. Thomas More n'est donc pas du tout un contestataire dans sa bergerie du Larzac. C'est quelqu'un qui est aux affaires de l'État. Donc première partie : dénonciation des iniquités du système anglais. Deuxième partie : une proposition de réforme sociale. Ce qui fait que l'utopie n'est jamais un rêve de futur, et toujours un présent ailleurs. D'où le mot "utopie", construction sur laquelle il y a de multiples thèses, et qui veut tout simplement dire "nulle part". On trouve un jeu de mots au début, dans une lettre d'ouverture du livre, qui laisse entendre que cela peut être aussi le eu-topos, c'est-à-dire eutopia, le lieu du bonheur. Et c'est à la fois le non-lieu, celui qui n'existe nulle part. Du reste, c'est un voyageur, Raphaël Hythlodee, qui le découvre par hasard après une tempête. Cette île n'existe pas sur les cartes. Nous sommes évidemment dans l'après découverte de l'Amérique et, dans l'imaginaire européen de cette époque, les récits de voyage sont excessivement nombreux et fascinent. Cela va lancer un genre littéraire.



En 1905 ou 1906, un libraire suisse établit un catalogue de plus de 1 700 récits utopiques. La majorité d'entre eux sont rédigés par des hommes. Deux ou trois sont rédigés par des femmes. On peut considérer — c'est une thèse que je défends — que l'utopie est un genre littéraire qui appartient à la pensée politique occidentale du XVIe au XXe siècle. Il s'estompe aujourd'hui et n'existait pas auparavant. Après l'ouvrage pionnier de Thomas More, il y a eu de nombreux récits utopiques. J'en ai lu énormément, je le signale, parce que c'est une grande activité courageuse. Le texte utopique est assez triste, sinistre. Ce n'est pas une littérature débordante d'imagination. C'est du sérieux. Les utopistes sont très sérieux. Il faut des fois prendre un roman policier ou autre pour se remettre dans le coup, parce que ce n'est pas marrant ! On constate qu’un certain nombre de philosophes dans la lignée de Thomas More : Thomas Hobbes, Francis Bacon, vont inventer et perfectionner le système utopique. Mais il y a une rupture importante dans l'histoire des idées : la révolution industrielle et le développement du salariat. À partir de là, on est dans une autre donne sociale et dans un autre imaginaire.

Je pensais insister sur trois personnages qui me semblent importants. Le premier est Robert Owen. C'est un autodidacte, ouvrier qui devient le directeur de l'usine — avant même d'épouser la fille du patron, je le signale tout de suite, ce n'est pas par opportunisme. Après, il devient le gendre du propriétaire, et devient surtout le propriétaire. Ce Robert Owen va diriger une filature à New Lanark à côté de Manchester. Il prend tout de suite des mesures. En tant que patron de choc, très novateur dans sa démarche, il décide de réduire le temps de la journée de travail de 14 heures à 12 heures. Et dans les 12 heures, il intègre la pause du repas d'une heure et demie payée, ce qui évidemment le fait haïr de l'ensemble du patronat de l'époque. Il dénonce ce qu'il appelle “l'esclavage blanc“, expression importante puisqu'on est aussi dans une réflexion par rapport à l'Amérique à ce moment. Et il se bagarre contre le travail des enfants. En fait, c'est plutôt le versant éducationnel qui caractérise les utopies de Robert Owen. Il est un réformateur de l'école, il se nourrit beaucoup de Rousseau, mais pas seulement. Il pense que l'être humain ne peut être autonome, ne peut être maître de son destin comme on dirait aujourd'hui, que s'il sait lire et écrire, s'il peut argumenter, défendre ses idées et s'exprimer. Donc, il commence par imposer à ses ouvriers un temps de scolarisation dans le temps de travail payé par lui, ce qui n’est pas toujours bien vu par les ouvriers illettrés. J'en profite pour montrer qu'il y a un parallèle avec celui qu'on vient de voir en deux minutes : André Godin. André Godin est un ouvrier qui a fait le Tour de France, et il sélectionne et recrute tout de suite ses ouvriers sur le critère de la lecture et de l'écriture. C'est quand même assez étonnant. Il considère que l'étymologie n'est pas due au hasard, que s'il y a une racine commune entre le livre et la liberté, c'est constitutif de toute une culture ouvrière, une culture syndicale aussi, qu'on va retrouver ensuite en héritage dans “Peuple et Culture“ par exemple. Robert Owen n'est pas non plus un patron complètement prudent comme on pourrait l'imaginer. Il est tellement persuadé que ses idées sont importantes qu'il va les expérimenter en temps réel et en grandeur réelle. Aux États-Unis au XIXe siècle, il y aura à peu près 200 expérimentations de colonies communautaristes ou phalanstériennes, dont on sait beaucoup de choses. Souvent un journal est publié, il y a des récits, des témoignages, des souvenirs, ce qui fait qu'on a une masse d'information extraordinaire sur le vécu au quotidien de ces 200 communautés utopiques. L'une d'elles va être "owiniste", poussée par Owen : New Harmony dans l'Indiana, qu'il va acquérir en 1825, et qui malheureusement ne va durer qu'un an. Mais pendant cette année, il va supprimer la monnaie et la remplacer par des billets de travail. Cela préfigure déjà le SEL, ou d'autres modalités de banques du temps, qu'on connaît un peu partout maintenant en Europe. Juste une anecdote : Charles Fourier écrit à Owen pour lui demander de l'argent mais il refuse. Du coup, Charles Fourier va écrire plusieurs centaines de pages absolument incendiaires contre Robert Owen, assez justes du reste, assez bien vues.

L'autre utopiste que je voulais évoquer était Étienne Cabet. Il publie Icarie, un voyage sur une île — là encore, on pourrait trouver des traits communs dans toutes les utopies, c'est souvent une île qu'on découvre par hasard, etc. Dans l'île d'Icarie, les Icariens travaillent à partir de 18 ans pour les garçons et de 17 ans pour les filles, jusqu'à 50 ans pour les femmes et jusqu'à 65 ans pour les hommes. Ils travaillent 7 heures par jour l'été et 6 heures l'hiver. L’État est le propriétaire collectif de tous les moyens de production, et c'est lui qui répartit, qui redistribue les richesses. À chacun selon ses besoins, c'est une des formules clés de l'Icarie.



Je voulais évoquer un troisième personnage, Fourier, celui qui m'intéresse le plus en ce moment. Les dates sont importantes là aussi, parce que c'est quelqu'un qui est nourri du XVIIIe siècle, de la pensée des Lumières. Pendant la Révolution française, il est non-révolutionnaire — pas anti-révolutionnaire mais plutôt républicain et il ne prend pas part à toute cette violence qui lui semble inutile et même inquiétante — et il réfléchit un peu solitairement à sa grande invention : la loi de l'attraction passionnée. Il se présente comme le Newton des sciences sociales — on dirait cela ainsi aujourd'hui. "Newton a inventé une loi qui modifie toute la perception, la conception de la physique, moi j'ai inventé ce qui va modifier la physique sociale, c'est-à-dire la loi de l'attraction passionnée." Il élabore une géométrie des passions, une mathématique des désirs. Paradoxalement, il est si ouvert, si totalement antihypocrite sur le domaine de la sexualité (il a cette phrase célèbre : "Il y a toujours un voyeur pour un exhibitionniste"), que ça ne l'intéresse absolument pas de se positionner là-dessus. Puisqu'on parlait de la pédophilie, chez Fourier, il y a même des textes qui ont troublé ses disciples, non pas de la pédophilie, je vous rassure tout de suite, mais il était pour un épanouissement sexuel des enfants, y compris parfois avec des adultes. Il y avait même l'instauration d'un service sexuel minimum. C'était plutôt sympathique, pour les plus vieux, pour les tordus, tout ce que vous voulez, des gens qui avaient moins de succès, des timides, ou des femmes. Il y avait toute une circulation assez extraordinaire. Mais sur le thème du travail, sujet de ce soir, j'étais un peu sidéré, parce que Fourier qui est étonnamment imaginatif, supprime toutes les disciplines scolaires. Il n'en retient que deux qui, pour lui, contiennent toutes les autres : l'art culinaire, la gastronomie et l'opéra. Tout le reste n'a aucune importance, ce sont des disciplines inutiles, il les supprime. Ce personnage, sur le travail, est assez traditionaliste. Il considère que le travail est intrinsèque à l'homme, inhérent à l'homme, à la nature humaine. Il ne fait donc pas de proposition de réforme du travail. Il ne dit pas qu'on va arrêter le travail, ou qu'on va libérer l'individu du travail en le supprimant ou en le réformant. Au contraire, il dit qu'il faut que chacun puisse travailler, que c'est indispensable, que sinon il ne pourra pas exister. Il décrit des journées des phalanstériens. Je ne rentre pas dans le détail. Familistère sous-entend famille, c'est l'unité de base. Chez Fourier, c'est la phalange qui est l'unité de base, d'où le Phalanstère. Il est contre la famille, contre le mariage. Le fouriérisme de Godin est déjà un certain glissement. En tous les cas, dans la phalange fouriériste, 1 620 individus cohabitent, parce qu'il a dénombré par sa loi de l'attraction passionnée 810 caractères masculins et 810 caractères féminins. Pour que la vie sociale soit la plus riche, il faut mêler la plus grande diversité des comportements, des attitudes, des caractères et des passions et permettre tous ces mélanges. Mais malgré cela, on va travailler en se levant à 3 heures et demi du matin et on se couche à 22 heures. On est toujours occupé, ce qui m'a un peu attristé, car comme vous le savez, j'ai écrit un petit essai sur l'art de la sieste, où justement je revendique ce temps de l'intime qui ne peut pas être imposé ni délimité. Cela n'existe pas ici, c'est excessivement organisé. Je vais un peu vite : Fourier influence Godin. Godin est un patron. Le film n'est pas très bon. Je l'ai vu en entier, il est un peu trop vite fait. Il faut bien comprendre qu'on ne peut pas analyser la réalisation du Familistère à partir de nos normes à nous, de logement, de travail, etc. Il faut rentrer dans le détail, et c'est encore beaucoup plus étonnant qu'il y ait eu cette réalisation en France industrielle. Car Fourier est avant tout quelqu'un qui n'évoque que le rural. Lorsqu'il parle de l'industrie dans un de ses livres, il donne comme exemple la cueillette des poires. Je ne sais pas si c'est une entreprise industrielle, mais pour nous c'est plutôt du domaine rural. Tous ses exemples concernent par exemple l'occupation des champs. On part en musique, on revient en musique, on chante beaucoup chez Fourier, peut-être pour éviter de déchanter... Mais en tous les cas, il n'y a pas nécessairement de travail industriel. Il ne parle pas de l'usine, il ne parle pas de hauts fourneaux, alors que Godin est en plein dedans. Godin est un inventeur. Godin est l'équivalent, en beaucoup plus intéressant, d'un Bill Gates. L'utopie n'est pas un sous-produit de la contestation underground. Ce n'est pas quelque chose de marginal. Jean-Baptiste André Godin est un patron qui construit une entreprise avec une croissance fulgurante. Il commence avec 3 ou 4 compagnons, dix ans plus tard il y en a 3 000. Il fait des bénéfices considérables, parce que sans cesse il est à la pointe des innovations technologiques. C'est pour cela que je prends l'exemple de Bill Gates. Aujourd'hui, un patron utopiste ne serait pas un brave type qui dit "voilà on est 12, on vend des lavabos, c'est sympa, on va répartir le bénéfice". Non, c'est quelqu'un qui est dans l'expérimentation technologique de plus haut niveau à l'échelle internationale, avec une arrogance même sur le marché assez terrible, et qui dégage un taux de plus-value, de sur-valeur comme on disait à l'époque, considérable. Mais là, à la différence des autres patrons, il considère et il est absolument persuadé de cela, qu'il est nécessaire de rétribuer le travail selon trois critères : le travail lui-même, le capital engagé, et le talent. Cette dimension du talent, c'est là où il rejoint Fourier. D'où le fait qu'il glorifie le travail par la fête du travail le premier dimanche du mois de mai chaque année — on était avant le 1er mai. Il protège évidemment les femmes qui viennent d'accoucher et qui continuent à travailler, qui dans leur temps de travail peuvent venir allaiter leur enfant dans le pouponnat. Il y a plein d'inventivité comme cela dans l'organisation même du temps de travail. Je pense que nous sommes là dans le vrai sujet par rapport à aujourd'hui. Fourier est en dehors des contraintes du système économique qui est en train de s'imposer à l'échelle planétaire, le capitalisme industriel, tandis que Godin est en plein dedans. Évidemment, il est être très mal vu par les révolutionnaires marxisants, en particulier par Jules Guesdes en France, qui considére que c'est un scandale, que Godin est un vrai patron encore plus malin que les autres, qui ruse pour mieux encore exploiter les gens, qui emballe un peu l'exploitation en donnant des cadeaux dans une sorte de redistribution. Mais la plupart des socialistes — je sépare les socialistes des collectivistes — sont plutôt pro Godin. Il va bénéficier, mais quelques années après sa mort, d'un roman magnifique qui s'appelle Travail, signé par Emile Zola. Travail est le seul roman de science fiction, d'anticipation de Zola. Il le sous-titre du reste "roman fouriériste", c'est donc très clair. Il n'a pas lu Fourier, parce que ça l'ennuie trop, il l'a dit dans sa correspondance, mais il a lu des brochures de vulgarisation du fouriérisme. De façon très caricaturale, il met en scène deux usines, une usine capitaliste normale, avec le patron super exploiteur, gros cigare et mépris général pour la classe ouvrière, et de l'autre côté un patron un peu illuminé qui se fout de l'argent et qui veut le bien-être de tout le monde. Je ne rentre pas dans le détail. Zola est assassiné juste après en 1902, il ne pourra donc pas publier le quatrième volume de la série à laquelle appartient Travail : Les quatre évangiles. Il y a donc eu Fécondité, Travail, Vérité, et Justice ne verra pas le jour.

Aux États-Unis, au même moment, un industriel du nom de Gillette, l'inventeur de la lame — dont le prénom est King, ce qui est assez étonnant, donc le roi Gillette —, va lui aussi imaginer plusieurs utopies économico-sociales de redistribution des richesses et de libération du temps de travail. On va vers une réduction du temps de travail assez significative. Robert Owen imaginait pouvoir travailler 3 heures par jour seulement avec le développement des techniques. Gillette fait un pas de plus et imagine, si on organisait bien le travail avec des bataillons du travail, d'arriver à 2 heures par jour. Il n'a pas une excellente plume, il se fait donc aider par un romancier, Upton Sinclair, qui a publié La Jungle, un roman sur l'organisation rationnelle du travail dans la "mise en boîte" des cochons et des vaches. Tout le monde a lu Tintin en Amérique : on y voit une chaîne de production où un cochon rentre d'un côté et où des boîtes de conserve sortent de l'autre. C'est ce taylorisme à la chaîne. La Jungle est un roman très important, parce qu'il va obliger les autorités nord-américaines à réglementer le travail dans les usines de Chicago. C'est rare qu'un roman ait un tel impact sur la législation. C'est vraiment une littérature engagée. Et avec cet argent, Upton Sinclair crée un Phalanstère qui malheureusement va brûler. Le secrétaire de ce Phalanstère était Lewis Sinclair qui publiera Babbitt. On pourrait refaire ainsi toute une filiation, qui serait intéressante au niveau de l'histoire des idées.



Je récapitule :

  1. Premier moment de l'utopie : le discours antimonarchiste et la volonté d'établir une république. Thomas More, début du XVIe siècle.

  2. Les utopistes industrialistes essaient de répondre aux problèmes sociaux posés par le développement du machinisme et du transport mécanique.

  3. Troisième phase : celle qu'on connaît le mieux, la phase culturelle de l'utopie, c'est-à-dire la contestation culturelle, la beat generation, de 1952-1955, le mouvement hippie, les communautés nord-américaines, mai 1968 en Europe, et un certain nombre de créations de communautés alternatives. Le travail industriel n'existe pas, le travail rural est relativement peu pesant. Par contre, la vie collective, la vie en groupe, la communauté des enfants, etc., sont expérimentées, à la fois dans les crèches autogérées de Cohn-Bendit et dans les villages de José Bové. C'est une troisième phase de l'utopie.

  4. Peut-être arrivons-nous dans une quatrième phase, celle du déploiement des nouvelles technologies de l'information et de la télécommunication. Mais comme pour moi, cela marque une réelle rupture et qu'on sort de l'utopie, je passe la parole !





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