Le journal du cnrs numéro 21 Avril 2008

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Enquête : Europe : l'heure des choix


Le 1er juillet 2008, la France prendra pour six mois la présidence de l’Union européenne. Une occasion que le gouvernement souhaite saisir pour faire avancer des chantiers prioritaires : développement durable et énergie, pacte européen sur l’immigration et l’asile, relance de l’Europe de la défense, bilan de santé et avenir de la politique agricole commune, politique de l’emploi, fiscalité… L’Union – qui compte aujourd’hui 27 membres – doit aujourd’hui faire des choix importants : quelles relations entretenir avec les autres régions du monde ? Comment doper l’économie grâce à la recherche et à l’innovation ? Quelles politiques communes durables adopter en matière d’énergie et de transports ? Enfin, comment résoudre l’équation posée par le vieillissement de la population ? Ces questions, les chercheurs du CNRS y réfléchissent depuis longtemps et ils ont souvent des réponses à proposer. Enquête sur l’avenir d’un continent.

REPERES

497 millions d’habitants en 2008 pour l’UE des 27

4,3 millions de km2

PIB : 11 000 milliards d’euros en 2005

Taux de croissance du PIB en 2007 : 2,9 % contre 2,2 % pour les Etats-Unis

Taux de chômage : 6,7 % dans l’UE des 27 en mars 2008 (source Eurostat)

Sommaire de l’enquête :


International : jusqu'où ira l'Europe ?

Le pari de l'innovation

Énergie : l'Europe voit l'avenir en vert

Un si vieux continent

Retour sommaire général

International : jusqu'où ira l'Europe ?


En 2007, cinquante ans après l’adoption du traité de Rome (L'objectif principal du traité de Rome, signé le 25 mars 1957, était la création d'un « marché commun », rebaptisé depuis « marché intérieur »), le produit intérieur brut (PIB) de l’Union européenne est devenu le premier de la planète, devant celui des États-Unis, avec presque un tiers de la richesse produite sur Terre. Aujourd’hui, l’Europe réalise même 38 % du commerce mondial ! Un succès dû en partie à l’arrivée, le 1er mai 2004, de dix nouveaux États membres venus gonfler ses rangs, suivis de deux autres début 2007 (voir carte), grâce auxquels la population européenne flirte aujourd’hui avec le demi-milliard d’habitants. Mais quel est le bilan à tirer de ce passage de 15 à 27 qui a vu l’Union « grossir » très rapidement de 100 millions d’âmes ? Un bilan « plutôt rose, juge François Bafoil, du Centre d’études et de recherches internationales (Ceri) (Centre CNRS / IEP Paris). D’abord, d’un point de vue politique, l’Europe issue de Yalta (Les accords de Yalta, conclus en février 1945 entre Churchill, Roosevelt et Staline, furent à l'origine de la guerre froide entre le monde capitaliste et l'URSS) est réunifiée. D’un point de vue macroéconomique, ensuite, la plupart des indicateurs sont dans le vert. Le taux de croissance des anciens pays du bloc soviétique avoisine aujourd’hui les 5 à 6 % et leur espoir d’adhérer à la zone euro en 2010-2011 semble se concrétiser. Quant à leur endettement public et à leur ratio dette/PIB, les conditions de Maastricht sont remplies ». Une réussite liée notamment à l’argent des fonds structurels (Les fonds structurels sont des aides financières octroyées par l'Union à des programmes pluriannuels de développement régional négociés entre les régions, les États membres et la Commission. Un budget de 347 milliards d'euros environ a été adopté pour sept ans (2007-2013), dont 14,4 milliards sont destinés à la France) et de la Politique agricole commune (PAC) – la Pologne ayant reçu, à elle seule, plus de 100 milliards d’euros pour la période 2007-2013. Bref, entre l’Union européenne et les nouveaux États membres, tout le monde semble gagnant.

Flou artistique aux frontières

Mais jusqu’où l’Union peut-elle pousser l’« européanisation » de sa périphérie orientale et méridionale ? Surtout, a-t-elle vocation à incarner un empire de plus en plus vaste ou bien un acteur politique important soucieux de maintenir sa cohérence ? « Tout le monde s’est à peu près fait à l’idée que le rêve fédéraliste d’un “super-État” – qui insiste sur un fort degré d’homogénéité à l’intérieur et sur des frontières dures à l’extérieur – est mort, surtout après le “non” de la France, qui défendait pourtant avec le plus d’ardeur l’idée d’une Europe “acteur politique”, lors du référendum de 2005, dit Jacques Rupnik, lui aussi en poste au Ceri. Le scénario le plus vraisemblable est que l’Union va s’atteler en priorité à l’intégration des pays des Balkans, avant d’observer une longue pause pour voir où se situe désormais son centre de gravité. » Et quid de l’intégration de l’Ukraine ? Elle illustre, selon le même expert, « le flou artistique » dans lequel baigne la Politique européenne de voisinage (PEV) élaborée après l’élargissement aux nouveaux États membres d’Europe centrale et orientale, à Malte et à Chypre, et conçue comme un substitut de l’élargissement. La PEV « fixe avec l’Ukraine, la Moldavie, Israël, le Maroc, l’Autorité palestinienne…, des objectifs de partenariat économique (l’accès au marché européen), mais sans adhésion à l’Union comme perspective, ce partenariat supposant la ferme adhésion à des valeurs partagées et la réalisation de réformes politiques, économiques et institutionnelles, poursuit Jacques Rupnik. Or, l’Ukraine, et d’autres posent la question suivante : “Pourquoi accepterais-je des normes et des règles d’une institution à laquelle je n’ai pas l’espoir d’appartenir un jour ?” » Quant à la Russie, la probabilité qu’elle rejoigne l’Union est pour l’heure proche de zéro « tant en raison de la taille de ce pays, de son caractère euro-asiatique que de la nature politique de son régime ».


L’adhésion de la Turquie à l’Union, en revanche, progresse, non sans cristalliser des débats intenses, voire polémiques, en raison du « poids démographique de ce pays (70 millions d’habitants dont la moitié âgés de moins de 25 ans), de sa position géographique ou de ses spécificités sociales et culturelles », note Nicolas Monceau, chercheur au laboratoire « Politiques publiques, action politique, territoires » (Pacte) (Laboratoire CNRS / IEP Grenoble / Universités Grenoble 1 et 2). Et d’expliquer avec Bruno Cautrès, du Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) (Centre CNRS / IEP Paris), que si la Grande-Bretagne et la France affichent des positions contraires sur la « question turque », c’est que leurs visions de l’UE et de son avenir divergent. « Les partisans de l’“Europe-espace de libre échange”, à l’instar de la Grande-Bretagne, soutiennent l’adhésion, tandis que les pays favorables à l’“Europe-puissance”, comme la France, y sont plutôt opposés. » Pourquoi cette résistance tricolore ? La crainte d’une immigration massive en provenance de Turquie explique en partie les réticences de l’opinion. « Le rapport à la mémoire apparaît aussi important à travers la question du génocide des Arméniens, nié par l’État de Turquie mais que la France a reconnu en 2001, poursuit Nicolas Monceau. Les arguments en défaveur de l’adhésion de la Turquie mettent en avant, plus généralement, le manque de respect des droits de l’homme dans ce pays, le fait que la Turquie ne se situe pas en Europe sur le plan géographique, ou encore des différences culturelles et religieuses jugées trop importantes. » Sauf que les guerres en Bosnie et au Kosovo, fait observer Robert Frank, directeur du laboratoire « Identités, relations internationales et civilisations de l’Europe » (Irice) (Laboratoire CNRS / Universités Paris 1 et 4), « ont fait émerger une nouveauté essentielle de “l’être européen” : des chrétiens ont tué des chrétiens pour sauver des musulmans, montrant de la sorte que l’Islam fait partie intégrante de l’Europe, et que celle-ci ne peut plus se faire contre lui, comme au Moyen Âge ou aux XVIe et XVIIe siècles. » Bref, estime le même chercheur, « la référence chrétienne est un “héritage”, mais non plus une “identité”. C’est un contresens historique que de vouloir réduire une identité à un héritage. La candidature de la Turquie devrait par conséquent être examinée non pas en fonction de la religion, mais selon d’autres critères : la démocratie, les disparités de développement sur un territoire aussi étendu et précisément la question de l’identification à un espace aussi immense. Mais serait-il raisonnable que l’UE ait une frontière commune avec l’Irak sans politique de sécurité et de défense commune digne de ce nom ? »

Far ouest, far est

Côté ouest, qu’en est-il du lien entre l’Union européenne et les États-Unis, deux mastodontes qui pèsent à eux deux 60 % du PIB mondial ? Malgré des tensions récurrentes, la « relation transatlantique » reste l’un des principaux axes des relations extérieures de l’UE. Et pour cause : les flux commerciaux entre les deux blocs s’élèvent à environ 1,7 milliard d’euros par jour, chacun étant le premier partenaire commercial de l’autre. Mais parfois aussi le principal concurrent. La preuve sur le continent asiatique : depuis une quinzaine d’années, moyennant de multiples opérations de communication pour conforter son identité dans l’opinion, les universités, les médias et les milieux dirigeants, ce qu’il faut bien appeler le vieux monde a réussi à combler partiellement le déficit d’image dont il souffrait dans cette partie-clé de la planète, et à « s’affirmer comme une alternative crédible aux États-Unis dont le dynamisme fascine toujours les Asiatiques », résume Guy Faure, directeur de l’Institut de recherche sur l’Asie du Sud-Est contemporaine (Irasec) (Institut CNRS / Ministère des Affaires étrangères). Du côté de l’Asie, le Japon, qui percevait naguère l’UE comme « une zone un peu fossilisée », la considère désormais comme un partenaire politique, commercial, industriel et technologique à part entière. S’agissant de la Chine, où l’Europe est parée d’un halo de romantisme, de luxe et de bien-vivre, mais tenue pour un conglomérat de pays aux intérêts divergents, l’euro y a consolidé la crédibilité économique de l’Union grâce à sa bonne tenue face au billet vert. Quant à l’Inde, les relations politiques entre l’Europe et le sous-continent, quoique bonnes, sont occultées par les manœuvres d’approche individuelle conduites par les États membres. De ce fait, indique Guy Faure, « l’Union en tant que telle paraît très en retrait, même si elle est parvenue à dissiper la crainte d’une “Europe forteresse” repliée sur elle-même ». Reste l’Asean, soit l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est. L’instauration d’un sommet bisannuel entre les deux ensembles géographiques depuis 1996 a permis de jeter les bases d’un partenariat global. Une décision aux incontestables retombées économiques, puisque les « entreprises européennes ont rattrapé leur retard en Asie du Sud-Est, quand elles n’ont pas surpassé leurs concurrentes japonaises et américaines en matière d’investissements », dit Guy Faure. L’Accord de Cotonou, qui sous-tend depuis juin 2000 le partenariat entre l’UE et les États ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) fait pour sa part « un peu figure de laboratoire pour l’ensemble de la politique de coopération-développement de l’Union », dit Catherine Flaesch-Mougin, responsable de l’axe « Droit européen » de l’Institut de l’Ouest : droit et Europe (Iode) (Institut CNRS / Université Rennes 1). Ainsi, l’octroi de fonds est conditionné par le respect des droits de l’homme, de la démocratie et de l’état de droit, mais aussi de la bonne gestion des affaires publiques. Autre principe-clé : les États ACP et leur population (société civile, secteur privé, collectivités locales…) définissent eux-mêmes leur stratégie de développement. Dernier point : les partenariats avec le continent latino-américain. La grande originalité de la relation de l’UE avec l’Amérique latine, indique Catherine Flaesch-Mougin, « tient à son architecture à trois niveaux : un niveau régional qui scelle un partenariat stratégique entre ces deux régions du monde ; un niveau infrarégional qui privilégie une perspective d’association avec des groupements d’États comme le Mercosur (le bloc constitué par l’Argentine, le Brésil, le Paraguay, l’Uruguay et le Venezuela) ; et un niveau bilatéral où des accords lient l’Union à un État latino-américain particulier ». Une relation atypique où l’intérêt de l’Union pour les intégrations régionales jugées porteuses de développement économique et de stabilité politique s’avère très marqué.

Un pont sur la Méditerranée

L’Union pour la Méditerranée (UPM) verra le jour ! C’est la décision entérinée à Bruxelles en mars dernier par les chefs d’État et de gouvernement de l’Union. Un accord historique, puisque l’ambition de ce projet cher à Nicolas Sarkozy « est de constituer un ensemble régional qui approchera un milliard d’habitants dans quelques décennies et valorisera la proximité et la complémentarité économiques des pays des deux rives de la Méditerranée pour conquérir de nouveaux marchés mondiaux », commente Pierre Beckouche, du Laboratoire « Dynamiques sociales et recomposition des espaces » (Ladyss) (Laboratoire CNRS / Paris 1, 7, 8 et 10). Sur le papier, l’UPM, qui sera chapeautée à parité par deux coprésidents, l’un venant du Sud, l’autre d’un pays riverain du Nord, a une belle carte à jouer. Ce qui fait défaut à l’Europe vieillissante (l’énergie, la jeunesse et les marchés), l’Algérie, l’Égypte, Israël, la Jordanie, le Liban, le Maroc, la Tunisie… le possèdent. Ce qui manque au Sud (la technologie, les capitaux et le management), les 27 en disposent. « Un “G-Med” réunira une fois tous les deux ans les chefs d’État des deux rives, indique Pierre Beckouche. Et un secrétariat permanent, à parité Nord-Sud, préparera des projets de développement », comme la création d’une institution financière, la lutte contre la pollution en Méditerranée, la sécurisation des approvisionnements énergétiques, le développement industriel au Sud… Tout se présente-t-il sous les meilleurs auspices pour l’UPM ? Oui pour le Nord et non pour le Sud. « Si l’on dispose d’un consensus côté européen, il n’est pas certain que lors du sommet du 13 juillet prochain, où cette nouvelle organisation sera lancée officiellement à Paris, les douze chefs d’État du Sud concernés soient présents, tempère notre chercheur. L’autre incertitude tient à la volonté de ces mêmes dirigeants de s’engager réellement dans le processus », sachant que l’image de marque politique de l’Europe auprès de leurs opinions publiques s’est beaucoup dégradée de ces dernières années.

Philippe Testard-Vaillant

Contact :

François Bafoil, bafoil@ceri-sciences-po.org

Jacques Rupnik, rupnik@ceri-sciences-po.org

Nicolas Monceau, nicolas.monceau@iep-grenoble.fr

Bruno Cautrès, bruno-cautres@sciences-po.fr

Robert Frank, frank@univ-paris1.fr

Guy Faure, direction@irasec.com

Catherine Flaesch-Mougin, catherine.flaesch-mougin@univ-rennes1.fr

Pierre Beckouche, pierre.beckouche@univ-paris1.fr

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